Vendredi dernier, le gouvernement de l’Ontario a lancé un portail d’enseignement en ligne pour accompagner les élèves dans cette période de fermeture d’école. Un outil pédagogique important, mais qui représente toutefois quelques défis  
Vendredi dernier, le gouvernement de l’Ontario a lancé un portail d’enseignement en ligne pour accompagner les élèves dans cette période de fermeture d’école. Un outil pédagogique important, mais qui représente toutefois quelques défis  

Un portail d’enseignement accueilli avec certaines réserves

Ayoub Jlila
EAP
Le gouvernement ontarien a lancé vendredi dernier une plateforme d’apprentissage numérique, encourageante pour les uns, mais aussi problématique pour certains parents et enseignants.

Afin de soutenir les familles et les élèves de la province, notre gouvernement a mis en place un portail centralisé pour l’apprentissage à domicile ». C’est ainsi que le premier ministre de l’Ontario Doug Ford a annoncé le vendredi dernier le lancement d’un portail en ligne pour accompagner les élèves dans l’apprentissage, pendant cette période de confinement obligatoire due à la COVID-19.

Cette initiative, qui a pour but de pallier la fermeture des écoles et la suspension des cours, a débuté ce lundi. Les élèves ontariens auront accès à travers cette plateforme numérique à une multitude de ressources créées  par des éducateurs spécialisés, axés sur les matières comme la science, les mathématiques, technologie, l’informatique et la langue française. La plateforme s’adresse aux élèves du préscolaire aux élèves du poste-secondaire.

Dans un contexte de crise liée à la COVID-19 et devant l’incertitude de reprise d’école  le 6 avril, cet outil pédagogique soulève quelques interrogations sur sa fiabilité, l’apport des professeurs dans sa mise en œuvre ainsi que le facteur d’exclusion qui peut engendrer.

Le ministre de l'enseignement Stephen Lecce lors du lancement du portail numérique par le gouvernement.

L’AEFO salue l’initiative.

« C’est une première étape intéressante, a réagi Rémi Sabourin, le président de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO). Idello est une excellente plateforme qui sert depuis plusieurs années aux parents et aux élèves», a ajouté M.Sabourin.

Le leadeur syndical estime que l’initiative gouvernementale reste encourageante. Mais il estime que la plateforme ne pourra pas remplacer le travail des professeurs.

Quelques défaillances.

Une grande partie du corps professoral est catégorique: l’enseignement en ligne ne pourra en aucun cas remplacer l’apport éducatif de l’enseignant. D’ailleurs, le bras de fer social avec le gouvernement depuis des mois a justement sur ce point.

« Ce portail n’est pas une journée régulière d’un élève à l’école, mais ça peut aider un peu» , a déclaré une enseignante (qui a souhaité garder l’anonymat) de Limoges. «Je connais très bien Idello, je trouve qu’elle est utile aux enfants, mais elle a ses limites quant à l’éducation des enfants qui souffrent de troubles d’apprentissage», a expliqué l’enseignante.

Ce point majeur montre une faiblesse de cet outil numérique. «En classe, les enseignants peuvent adapter l’apprentissage aux élèves. Cet outil est destiné à tous, mais malheureusement il met sur la touche une catégorie d’élève», a ajouté l’enseignante.

L’apport des enseignants

«Nous n’avons pas contribué à la mise en œuvre de cette plateforme, mais nous sommes prêts à y apporter notre aide s’il le faut», a conclu l’enseignante.

 Le portail n’offre pas de cours en ligne. Mais si la période de fermeture doit être prolongée  les enseignants pourraient être engagés dans une seconde phase sur laquelle planche le gouvernement, le ministère de l’Éducation et les conseils scolaires. Les négociations sont toujours en cours, entre enseignants et gouvernement à cet effet.

Exclusion de quelques parents et élèves

La plateforme est destinée aux élèves qui suivent des cours dans les écoles françaises de la province, mais encore une fois, la mise en œuvre de cet outil ne reflète pas la réalité à 100%. Plusieurs élèves ne sont pas issus de parents francophones. Dans une région bilingue comme Prescott-Russell, l’appui à ces élèves par les parents devient difficile.

« Si on ne peut pas développer un système scolaire maison accessible aux pauvres et ceux qui n’ont pas d’ordinateur/internet, on devrait plutôt déclarer que tous les élèves sont en vacances», a lancé un parent dans un groupe Facebook.

Un autre facteur est la connexion internet. Les cours en ligne exigent un accès à une bonne connexion et à des ordinateurs. Or, la région de Prescott-Russell souffre depuis des années de problèmes liés à la connectivité et certains foyers ne sont pas équipés d’ordinateur.

Des facteurs qui rendent l’apprentissage exclusif à certains élèves au détriment des autres.