Florian Saint-Onge dans son ancien siège de préfet à la MRC d’Argenteuil.
Florian Saint-Onge dans son ancien siège de préfet à la MRC d’Argenteuil.

Une vie de fou

François Daniel
EAP
Quand Florian Saint-Onge est né en 1928 à St-Philippe, la crise s’annonçait. Elle a fessé fort; son père, à bout de ressources comme agriculteur, déménage à Montréal pour améliorer ses conditions de vie. Comment vivre à quatre avec sept dollars par mois du Secours direct? Heureusement, au bout de quelques années, un vent de prospérité souffle du côté des usines de munitions (la guerre s’annonce); les Saint-Onge reviennent dans Argenteuil, à Brownsburg cette fois où le père est embauché à la CIL.  

Dans la famille, parce qu’on a goûté au pain dur, on croit à l’éducation; en conséquence, après six ans comme pensionnaire à Montebello, le jeune Florian s’inscrit à l’école Normale JacquesCartier puis en gestion à l’Université, traçant ainsi le chemin pour ses frères. 

Florian amorce donc une carrière de 35 années dans l’enseignement. Au rythme des promotions, l’enseignant finira directeur général adjoint à la Commission scolaire de Montréal. Marié et père de deux enfants, il revient à Carillon les weekends et plutôt que de loger à l’hôtel que son père a acheté, il fait l’acquisition d’une maison.  

Grand sportif, il devient membre du Club de balle molle de Carillon où il se fait plusieurs amis. La région no 4 de la Commission scolaire de Montréal dont Florian est responsable compte 63 écoles primaires et secondaires, plus que la Commission scolaire de la ville de Québec tout entière si bien que ses semaines comptent souvent 70 heures. C’est pourquoi il décline l’invitation de ses amis à briguer la mairie de Carillon. Pas le temps. Ils insistent, cette fois avec l’appui des citoyens qui le pressent de dicter ses conditions. Au bout du compte, mais à son corps défendant, Florian accepte. Il exige de déléguer certaines responsabilités; de plus les réunions du conseil devront se tenir le vendredi soir. Nous sommes en 1977. Maire, il le restera jusqu’en 2000.  

En 1985, il prend une retraite bien méritée de la Commission scolaire. La même année, il est élu préfet de la Municipalité régionale de comté (MRC) d’Argenteuil et participe à la première mouture de l’aménagement du territoire. La MRC d’Argenteuil compte alors 19 maires avec qui le préfet doit transiger en tenant compte des intérêts et des susceptibilités de chacun. Afin d’harmoniser les politiques des MRC d’une même région, Florian Saint-Onge fonde une Table qui réunit lors de sa création les préfets des MRC des Laurentides et de Lanaudière. «Un territoire de fous», avoue-t-il. Il suggère donc au ministre Marc-Yvan Côté qui préside aussi le Comité de l’Aménagement et de Développement du territoire, de scinder la région en deux, ce qui fut fait.  

Comme les affaires municipales touchent une foule d’activités connexes, l’infatigable Saint-Onge est élu au Conseil de développement des Laurentides, devient président de la Régie de la santé et des services sociaux de la même région puis représentant des Régies régionales. Il faut dire que Florian Saint-Onge tient le travail pour une valeur suprême.  

Marc Carrière, actuel directeur de la MRC d’Argenteuil, dit de son ancien patron et mentor que ses mots d’ordre sont travail, rigueur et honnêteté. Le voilà donc au cœur du pouvoir. Pourtant, bien malin qui pourra lui coller une étiquette politique. «Quand un ministre faisait un bon coup, je le félicitais, mais si je n’étais pas d’accord, il me trouvait sur son chemin», dit-il pour expliquer sa neutralité. 

Neutralité ne signifie pas absence de conviction. Florian SaintOnge est opiniâtre. Il choisit ses combats et les livre avec une énergie polie, mais persuasive. Ses grands combats? D’abord l’autoroute 50: il aura harcelé les gouvernements provincial et fédéral pendant des décennies avant de voir ses efforts couronnés en 2019. Ensuite Mirabel, l’expropriation sauvage d’un nombre beaucoup trop élevé de terres agricoles puis l’abandon du projet suite aux pressions d’Air Canada qui préférait atterrir à Toronto, une trahison selon le maire Saint-Onge non seulement à l’endroit des Mirabellois mais de tous les Québécois.  

Florian Saint-Onge prend sa retraite en 2000, alors que la ministre Louise Harel procède aux fusions municipales auxquelles il ne croyait guère. Depuis, il s’occupe de ses affaires personnelles, un triplex à Montréal et l’entretien de sa maison dans le Nouveau Bordeaux. Veuf, il vit seul, mais garde des liens étroits avec sa famille. Il lit les journaux avec avidité, suit la politique et observe de son œil toujours vif les changements dans la société qu’il ne juge pas toujours pertinents. Il déplore la quasi-disparition de certaines valeurs: la passion du travail, la loyauté entreprise/employé et la rigueur. Ah! La rigueur! Pourtant, il ne regrette rien. Oui, il a mené une vie de fou, mais remplie d’expériences et de rencontres exceptionnelles. Et, que diable, ce n’est pas fini!