Nathalie Kerbrat, propriétaire de l’érablière du sanglier, a décidé de changer complètement son modèle d’affaires en n’offrant plus de mariages et de repas champêtres, mais en poursuivant la fabrication de produits du terroir.
Nathalie Kerbrat, propriétaire de l’érablière du sanglier, a décidé de changer complètement son modèle d’affaires en n’offrant plus de mariages et de repas champêtres, mais en poursuivant la fabrication de produits du terroir.

On se marie… l’an prochain!

Josianne Binette
EAP
Avec des restrictions à 25 personnes en salle de réception, pour une deuxième année consécutive, la grande majorité des réceptions, plus particulièrement les mariages qui devaient se tenir à l’été 2021, ont été remises à une date ultérieure, en 2022. Certains propriétaires de salles de réception demeurent optimistes, alors que d’autres ont complètement changé de modèle d’affaire pour survivre à la pandémie.  

Voici un coup d'œil sur l’état de la situation dans deux entreprises de la région. Johanne Bertrand, propriétaire de la Cabane à sucre Salle de réception du Coteau, jongle constamment avec les dates prévues, les remises et les visites des célébrations dans son établissement. N’ayant pas l’intention de cesser son offre de service, elle s’assure de se montrer flexible avec les clients qui, par précaution, choisissent de reporter leur cérémonie de mariage dans l’espoir de pouvoir inviter plus de gens, ou de célébrer sans restriction sanitaire. Malgré la situation actuelle, Mme Bertrand tente de garder le moral: «C’est dur, autant pour nous que pour eux. Ce n’est pas facile pour les mariés non plus d’être dans l’incertitude constamment. [...] Normalement, en date d’aujourd’hui, je serais en train de signer des contrats pour 2022. Là, tout est arrêté. On essaie d’être optimistes et de se dire que ça va reprendre.» Mme Bertrand précise cependant que, sans craindre une fermeture de son établissement, l’impact financier de la suspension des réceptions ainsi que des brunchs du dimanche est considérable: «Dites-vous que c’est 10 mois de chiffre d'affaires, en comparaison à 2 mois pour le temps des sucres. C’est majeur!» 

À l’instar de plusieurs propriétaires de cabanes à sucres et restaurants, elle s’est jointe à l’initiative Ma cabane à la maison, en plus d’offrir à sa clientèle des repas pour emporter. Toutes ces actions ont permis à l’entreprise de se maintenir à flot, et de proposer aux futurs mariés une remise de leur date prévue sans frais supplémentaires: «On n’a eu aucune annulation pour le moment, tout le monde a plutôt choisi de remettre, certains pour une quatrième fois en un an. On ne leur a chargé aucuns frais pour les changements, on comprend».  

Autre entreprise, autre réalité 

Pour Nathalie Kerbrat, propriétaire de l’érablière du sanglier à Lachute depuis 15 ans, tout a commencé en pleine saison des sucres, le 15 mars 2020. Tout juste après le service du dîner, elle apprenait la fermeture immédiate de son établissement dans la foulée des décisions prises par le gouvernement du Québec en réaction à la pandémie de Covid-19. Après quelques jours de réflexion, elle en est venue à la conclusion que, pour éviter une faillite alors qu’elle pensait de plus en plus à la préretraite, elle devrait se retrousser les manches. Après avoir procédé au remboursement des clients ayant réservé pour des noces ou des repas champêtres, elle a, contre son gré, licencié ses employés, tous fidèles à son entreprise depuis de nombreuses années. Puis, elle a dû se résoudre à trouver un emploi à temps plein à l’extérieur de la ferme, à vendre plusieurs de ses animaux, en plus de continuer à cuisiner pour offrir à sa clientèle des repas pour emporter. Heureusement pour Mme Kerbrat, ses concitoyens étaient au rendez-vous: «Je trouve ça important de remercier les gens parce que oui, il y a beaucoup de clients locaux fidèles qui n'ont pas changé leurs habitudes, au contraire. [...] Ce qui m’a sauvée, c’est vraiment la communauté d’Argenteuil».  

La femme d’affaires se concentre désormais sur la vente de produits locaux qu’elle prépare, en plus d’offrir un point de vente à plusieurs artisans de la région. Elle collabore également avec l’organisme Terego, ce qui contribue à assurer la pérennité de son entreprise. En ce qui a trait aux cérémonies de mariage, aux réceptions et aux repas champêtres, Mme Kerbrat ne compte pas revenir à son ancien modèle d’affaires, ayant été trop fortement ébranlée par les aller-retour du gouvernement: «[Les ouvertures et fermetures] étaient pires pour moi que de choisir de ne recevoir personne et d’essayer de me débrouiller autrement». Aux vues des décisions récentes du gouvernement du Québec quant à la mise en place d’un passeport sanitaire, plusieurs propriétaires de cabanes à sucre et salles de réception espèrent que la saison des sucres 2022 pourra se dérouler sans encombre, et pouvoir honorer les contrats de réceptions de mariages dès l’an prochain.