Quelques milliers de professionnels de la santé, de la sécurité publique et de l’éducation se sont déplacés le 28 août dernier pour exprimer leur mécontentement en lien avec la gestion de la pandémie par le gouvernement de François Legault.
Quelques milliers de professionnels de la santé, de la sécurité publique et de l’éducation se sont déplacés le 28 août dernier pour exprimer leur mécontentement en lien avec la gestion de la pandémie par le gouvernement de François Legault.

Mesures sanitaires: des enseignants parlent 

Josianne Binette
EAP
C’était semaine de rentrée scolaire pour des centaines d’enfants au Québec et leurs enseignants. Une rentrée qui se déroule un peu sur les chapeaux de roues: retour en place de plusieurs mesures sanitaires, dévoilement hâtif des procédures et exigences du gouvernement entourant la Covid-19, le tout dans un contexte où la vaccination obligatoire pour tout le personnel enseignant semble à nos portes.  

Plusieurs enseignantes ont bien voulu raconter ce qui se dit dans les couloirs des écoles. Cependant, craignant des représailles, elles ont demandé à ce que leur identité demeure secrète. Cet anonymat a permis aux langues de se délier sur certains enjeux, notamment le retour des masques dans les salles de classe, une mesure incohérente selon cette jeune enseignante de Lachute, qui espérait revoir le sourire de ses élèves dès le mois d’août: «Je suis bien triste que mes élèves doivent porter le masque, encore. Ils peuvent se mêler dans la cour d’école, jouer tous ensemble puisqu’il n’y a plus de bulles [classes], se mélanger au dîner et au service de garde, mais doivent porter le masque en tout temps dans la classe». Une autre enseignante affirme « qu'on accuse les parents de transférer leurs angoisses à leurs jeunes. Des experts prétendent que les enfants n’en font pas de cas [des mesures]. Ici, ils en ont assez. Les élèves sont tannés de porter un masque. Ils ne sont plus capables des zones, des bulles, des distances».    

La ventilation déficiente dans les écoles est également un enjeu majeur pour ces professionnelles, particulièrement lorsque combinée avec la chaleur et le port du masque. Ces éléments créent selon l’une d’elles un contexte où il devient difficile pour les jeunes de se concentrer: «c’est différent d’être dans un bureau avec l’air climatisé versus être dans une classe à 35 degrés» ironise-t-elle, un clin d'œil aux décideurs qui se tiennent à son avis «bien loin du terrain». Par ailleurs, plusieurs se rappellent avec colère les tests de la qualité de l’air dans les écoles effectuées l’hiver dernier. Le ministre de la Santé, M. Jean-François Roberge, avait eu à s’expliquer à la suite d’une déclaration de la santé publique, stipulant que les protocoles pour ces tests n’avaient pas été élaborés suivant leurs recommandations, contrairement à ce qu’avait martelé publiquement le ministre. Une histoire que n’est pas prête d’oublier l’une des répondantes: «Ça, je l’ai sur le cœur. Ils nous demandaient d’ouvrir les fenêtres, en plein hiver, puis les enfants entraient dans la classe. Vingt minutes après que les enfants soient entrés, là, ils venaient prendre un test d’air. Ça n’a pas de sens! Il aurait fallu qu’on prenne les tests 20 minutes après que les élèves soient entrés, mais avec les fenêtres fermées pour que les résultats reflètent la réalité». Les experts de la santé publique du Québec avancent par ailleurs qu’une ventilation adéquate des endroits fermés est nécessaire afin de minimiser la transmission et les risques d’éclosion de Covid-19, qui se transmet principalement par aérosols. «On n’investit pas dans la ventilation, on masque les enfants à la place. Ça coûte moins cher», se désole une professionnelle du réseau public depuis plus de 20 ans.   

Plusieurs enseignantes ont également souligné le manque d’organisation du ministère de l’Éducation, faisant référence à la conférence de presse du 24 août dernier, à quelques jours de la rentrée en classe des élèves: «Les mesures sont nécessaires selon moi avec la 4e vague, mais ce que je déplore, c’est le manque d’informations du ministère, comme d’habitude. Nous recevons souvent les infos par les médias sans être consultés ou informés avant, alors que nous sommes au premier plan». Plusieurs ont également mentionné la déclaration de M. Roberge en juin dernier, à savoir qu’une rentrée scolaire «normale» serait possible à l’automne si 75% des 12 à 17 ans étaient adéquatement protégés. Or, le 24 août, alors que M. Roberge confirmait les exigences sanitaires dans les écoles, 78,2% des 12-17 ans répondaient à ce critère. Conclusion, la confiance envers le ministre s’effrite: «Le problème, c’est qu’on ne le croit plus», conclut l’une des répondantes.   

Vaccination obligatoire, ni oui ni non   

«Je suis vaccinée de toute façon, alors ça ne me touche pas particulièrement. Mais j’avoue que je m’inquiète du précédent que ça peut créer. J’ai des collègues qui ne sont pas vaccinées, mais qui sont d’excellentes enseignantes. On va se priver d’elles alors qu’il manque des centaines de profs dans nos écoles? C’est un pensez-y-bien», résume une enseignante de 5e année au sujet de la vaccination obligatoire pour le personnel enseignant. Une marche a par ailleurs été organisée le 28 août dernier par le collectif Réinfo Santé Québec et Canadian Frontline Nurses. Les professionnels en marche | Professionals United visait à donner la parole aux professionnels de la santé, de l’éducation et de la sécurité publique à la suite de la commission parlementaire sur la vaccination obligatoire qui s’est tenue les 26 et 27 août dernier à l’Assemblée nationale du Québec.  

À la suite de cette commission parlementaire, une décision a été rendue publique le 7 septembre dernier, alors que le gouvernement de François Legault décrétait officiellement la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé, au privé comme au public. Cette décision met ainsi fin à l’arrêté ministériel 2021-024 stipulant qu’une personne salariée non vaccinée est tenue de passer un minimum de trois tests de dépistages par semaine et en fournir les résultats à son employeur. Or, cela ne sera plus possible dès la 15 octobre, alors que non seulement les travailleurs ayant des contacts directs avec les patients, telles les infirmières ou les médecins, mais également les gestionnaires et les agents de sécurité, ainsi que les visiteurs, devront avoir en main leur passeport vaccinal.