Les éducatrices à la petite enfance, comme Vicki Provençal, veulent être reconnues à leur juste valeur. Bien des CPE, tel Le Rêve de Caillette, à Brownsburg-Chatham, cherchent du personnel qualifié.
Les éducatrices à la petite enfance, comme Vicki Provençal, veulent être reconnues à leur juste valeur. Bien des CPE, tel Le Rêve de Caillette, à Brownsburg-Chatham, cherchent du personnel qualifié.

Manque de main-d’œuvre qualifiée: défis majeurs dans nos CPE

Josianne Binette
EAP
Sans contrat de travail depuis mars 2020, les éducatrices à la petite enfance du Québec s’apprêtent à voter des mandats de grève au cours des prochaines semaines, lors de consultations organisées par leurs syndicats locaux, en réponse à la lenteur des négociations pour la prochaine convention collective.  

Pour Vicky Provençal, éducatrice dans le réseau depuis 15 ans et actuellement employée au CPE Le Rêve de Caillette, la situation est pénible, et les conditions de travail tendent à se détériorer: «C’est sûr que c’est difficile. On voit les autres secteurs qui règlent, ont des augmentations, des primes et des avantages [...]. Il y a aussi le stress dû au manque de personnel qualifié; on n’est pas capables de se faire remplacer, c’est difficile d’avoir nos vacances. C’est même déjà arrivé qu’on ait à contacter les parents pour leur demander s’ils sont en mesure de garder leurs enfants à la maison, parce qu’on est en bris de service, faute de personnel. Ce n’est pas juste à Montréal que c’est un problème, ça se passe aussi ici, dans notre région. Et ça épuise.»  

Bien que Mme Provençal salue la mission que s’est octroyée le cabinet du ministre de la famille, Mathieu Lacombe, soit celle d’améliorer l’accessibilité à des places en services de garde subventionnés, il est selon elle primordial de mettre en place des mesures afin d’attirer les jeunes vers la profession, et d’aider à la rétention du personnel une fois dans le réseau:« [Le ministre] veut donner accès au plus d’enfants possible, je lui lève mon chapeau là-dessus. C’est essentiel pour permettre aux femmes d’exercer leur métier. Mais pour développer des places, il faut que tu aies du personnel.»  

«L’objectif des moyens de pression qui pourraient être votés est de faire bouger les choses pour régler l’entente», explique la présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) Valérie Grenon,. Pour ses membres, elle affirme vouloir obtenir, via la nouvelle convention collective, une valorisation et une reconnaissance des compétences des professionnelles en petite enfance à travers une augmentation salariale significative, et une amélioration des conditions de travail des éducatrices : «On est le 2e DEC le moins bien payé au Québec. Les intervenantes qui sont actuellement dans le réseau parviennent à peine à faire vivre leur famille. Il y en a qui quittent à cause de ça.» Valérie Grenon déplore également certaines propositions déposées à la table de négociation, qu’elle considère contre-productives devant les difficultés actuelles des centres de la petite enfance (CPE): «Ce qu’ils nous déposaient, c’est l’obligation de surtemps. Non mais [les intervenantes] sont déjà épuisées, elles vont juste quitter. Il y avait également une diminution des congés rémunérés pour éviter les bris de service. On comprend le principe, mais vous comprenez que c’est encore une fois sur le dos des intervenantes que ça tombe.» Selon Mme Grenon, ce genre de proposition témoigne d’un manque de compréhension de la réalité des intervenantes dans leur milieu de travail: «Qu’ils nous demandent de mettre en obligation du surtemps, bien, tu ne comprends pas ce qui se passe sur le terrain».  

Un dépôt monétaire qui se fait attendre 

L’an dernier, la FIPEQ-CSQ avait proposé au gouvernement de négocier en accéléré vu les circonstances sanitaires exceptionnelles; seulement les clauses salariales auraient alors été réglées. «Des personnes mandatées par le cabinet du ministre [de la famille] sont bien venues s’asseoir à la table, mais sans avoir obtenu de mandat monétaire de la part du Conseil du trésor. Les discussions se sont arrêtées là.» À ce jour, aucune proposition monétaire n’a encore été présentée à la table, comme l’explique Mme Grenon: «On est bientôt à un an et demi de l’ouverture de la convention collective et on n’a toujours pas eu de dépôt. Là, on se croise les doigts, on l’aurait la semaine prochaine, j’ai hâte de voir parce que quand on a déposé notre demande salariale, on s’est fait dire à la table qu’on était gourmand.»  

À ce propos, Dominic Vallières, directeur des communications au cabinet du ministère de la famille, confirme que le dépôt monétaire se fera au cours de la semaine du 19 juillet 2021. Sans commenter les négociations en cours, ce dernier se montre toutefois rassurant: «Regardez ce qu’on a fait pour [vos collègues] responsables de services de garde en milieu familial. L’an dernier, c’était la première négociation entre la CAQ et les intervenantes en milieu familial. On a réglé avec 12,4% d’augmentation, alors que lors des conventions collectives précédentes, elles avaient eu beaucoup moins que ça, autour de 4%. Ça va vous donner une indication quant à la valeur qu’on donne au travail qui est fait par les femmes en installation également.»  

Selon Valérie Grenon, les prochaines semaines seront donc déterminantes, à savoir si des moyens de pression, allant jusqu’aux grèves, seront mis en place: «Si on est capables de ne pas le faire, on ne va pas les utiliser. Mais il faut que ça bouge et il faut qu’on règle maintenant.» Pour Vicky Provençal, elle-même représentée par la Confédération des Syndicats nationaux (CSN), le gouvernement doit envoyer un message clair aux éducatrices en CPE, et à la population: «C’est sûr qu’on aimerait être valorisées, qu’on ne soit pas vues comme des gardiennes d’enfants. On a quand même un bagage académique, on a fait 3 ans de CÉGEP pour arriver à faire ce métier-là, et on a persévéré, parce que la réalité sur le terrain n’est pas facile. Être reconnues à notre juste valeur, ça serait déjà un grand pas.»  

  

Le CPE Rêve de Caillette