L’hiver chez nous.
L’hiver chez nous.

L’hiver chez nous 

Patrick Beauséjour
EAP
Quand la saison hivernale était vraiment rendue aux limites du comté d’Argenteuil, c’était le temps pour nous les petits singes à batterie du p’tit Canada de se réinventer.

L’été avec nos bicycles à poignées mustang, siège banane et «tirer» balloune, il était commun de se blesser, mais l’hiver le danger était permanent. Nous en étions inconscients et heureux. Nous étions extrêmes avant même l’invention du mot.   

Éric le rouge le plus dur parmi la gang avait toujours un plan. Toujours un mauvais plan à porter de main. C’est comme s’il ne dormait pas la nuit et réfléchissait durant ses nuits blanches à l’ombre de la rue Fillion. Il n’était pas méchant, mais plus tannant que nous tous réuni.   

De mémoire d’enfant, il se sera brisé environ le même nombre d’os qu’Evel Knievel. Semble-t-il qu’il y a 206 os dans le corps humain, mon ami d’infortune Éric le Rouge aurait frôlé dans son enfance les 200 os brisés! Il avait toujours un doigt foulé, une épaule disloquée, un bras cassé, des yeux au beurre noir et même une fois une fracture du crâne. La légende dit qu’il s’est battu à l’école à coup de chaîne de bicycle. Je vous le confirme, j’étais là.   

Nous avions plusieurs endroits pour nous casser le cou. Un peu partout. Notre terrain de jeu était Lachute au complet! Allez glisser dans les «pit» de sable sur la côte de sable; allez passer d’innombrables heures à la grotte de Brownsburg et glisser en «crazy carpet» ciré étaient commun. Chaque «Crazy carpet» de ma gang restait dans la «shed» chez nous question que je les cire le soir venu. Ça glissait sur un temps «toasté» sur les deux bords! Je n’oublie pas la traîne sauvage de Charlebois ou Larocque, je ne suis pas certain… Embarquer à plusieurs vers la catastrophe nous faisait se sentir vivant.   

Emmitouflés dans nos certitudes et nos habits de neige; nos bottes Sorel; nos mitaines pas de doigt, nos crémones que nos mères disaient -un vieux mot québécois qui veut dire foulard-; nos tuques avec de préférence un gros pompons et nos culottes de neige, ça nous donnait l’impression de marcher sur la lune.  

Les journées de tempêtes comme lundi dernier, alors que CJLA la radio de Lachute annonce la fermeture de l’école St-Alexandre pour la journée, sont gravées dans mes souvenirs d’enfance! L’animateur n’avait même pas fini de parler que j’étais déjà dehors en train de courir pour aller chercher mon chum d’infortune Éric le rouge.   

J’ai dans l’idée un bonhomme de neige ou un fort. La vie était simple. Le bonheur était facile. Les jours de tempêtes, le petit Canada était comme emmitouflé dans une boule de noël qu’on brasse pour voir les flocons. Mon quartier sous 25 cm de neige et d’enfant heureux malgré le chômage, l’aide sociale, l’alcool, les taxes et la mort.  

Lundi dernier j’ai aidé un voisin que je ne connais pas à sortir de son stationnement. Et si la neige rapprochait les humains comme dans mon quartier d’enfance?  

Je vous souhaite un bel hiver! Surtout, laissez la neige tomber sans trop crier après!   

Le Barbu de Ville