École St-Alexandre
École St-Alexandre

Les rentrées 

Patrick Beauséjour
EAP
Mon entrée scolaire au primaire à l’odeur du blé d’Inde. À chaque mois de septembre que le début d’année amenait, de tradition, notre directeur Pierre Chartrand achetait plusieurs poches de blé d’Inde pour accueillir les petits monstres à l'école Saint-Alexandre. C’était quant à moi la façon parfaite pour nous accueillir. Nous mangions toujours ces épis le vendredi après-midi de la première semaine de retour en classe; du blé d’Inde deux couleurs, du beurre, du sel en quantité industrielle et des sourires.  

J'ai plein de souvenirs qui se bousculent dans ma tête, plein de rires, de pleurs et des centaines de visages. Je me souviens, en 1980, j’étais en première année avec Desrosiers (dit Néné). J’étais nerveux et seul dans la cour d’école, seul parmi des centaines d'enfants. Quelqu’un m’avait poussé et j’étais tombé dans le gazon avec mon orgueil. Desrosiers, du haut de ses 7 ans, m’avait dit: - «Je vais te montrer comment on règle ça.» Je me souviens très bien l’avoir vu donner un bon coup de poing sur le nez du garçon dont je ne me rappelle pas le nom. Une chose est certaine, il ne m'a jamais plus poussé grâce à Néné.    

  

Je me souviens aussi de cette année où chaque classe était représentée par un grand explorateur ou un fondateur. Moi, qui adore et qui est fasciné par l’histoire mon peuple et celle des autres, j’étais dans mon élément. J’étais en 3e année, je crois, avec Mme Legault. Pour notre classe, nous avions hérité de Sieur de Laviolette, celui-là même qui a fondé Trois-Rivières. J’aurais préféré Jacques Cartier ou Christophe Colomb, mais bon, faute de pain, on va manger de la galette, comme disait ma grand-mère.   

  

Lors de cette journée, ma mère m’accompagnait, c'était le rituel. J’avais amassé chaque indice pour me rendre jusqu’à ma classe. J’étais un élève modèle en cette première journée. Arrivés à la porte de la classe de Mme Legault, devant celle-ci et mon directeur M. Chartrand, ma mère s’exclame: - «Bonjour, Mme Laviolette, excusez-moi, mais c’est vraiment particulier comme nom!» Pour la première fois de ma vie, la honte est venue s'installer sur mes joues qui sont devenues instantanément rouges.  


Moi de rétorquer: - «Mom, Laviolette c’est le fondateur qu’il fallait découvrir pour trouver ma classe. Mon professeur, c’est Mme Legault!»   

Ma mère: - «C’est qui ton prof? Laviolette ou Legault?»  Quand je veux agacer ma vieille mère, je nous remémore ce vieux souvenir.  

  

La rentrée, c’était aussi l’occasion de revoir enfin tous ses amis, de jouer à nouveau au ballon chasseur, au drapeau, à la tag et à mille et un autre jeu. Il me semble qu'à cette époque nous avions tellement d’imagination. Je ne me souviens pas de m’être ennuyé lors d’une récréation d’école.    

  

La première journée, c’est aussi beaucoup de fébrilité et de nervosité. Certains le géraient mieux que d’autres je dirais. Je me souviens de mon premier cours d’éducation physique. Avec mes yeux de petit gars, le gymnase de Saint-Alexandre me semblait immense.  

Pendant la prise des présences, un jeune garçon avait demandé d’aller aux toilettes, mais le professeur ne l’avait pas entendu. Pauvre petit monstre à batterie trop gêné pour reposer la question une deuxième fois. Nous étions si fragiles à cet âge.    

Juste avant l’entrée scolaire, il y avait aussi la préparation avec ma mère: l'achat des crayons à mine, des crayons de couleurs, de stylo, de cahiers Canada, de cartables et de duo-Tang. L’odeur du matériel neuf! Le bonheur de recevoir du matériel neuf! Il fallait inscrire notre nom dans chaque cahier, sur chaque cartable, sur chaque stylo, sur chaque crayon à mine comme un mantra. Comme si après cette étape, j'étais devenu officiellement un élève de Saint-Alexandre pour une autre année. La rentrée scolaire comme un match inaugural de baseball est toujours spéciale, peu importe les âges et le niveau.   

  

Je souhaite une belle 6e année à mon Théo, une belle année à ma Mathilde en sport étude (3e secondaire/baseball). Je souhaite surtout à tous les enfants de s’amuser, d’apprendre, de comprendre et de se fabriquer de beaux souvenirs.   

  

Et quand je vais accompagner Théo lors de la 1re journée, étrangement dans la cour d'école, il y aura une odeur de blé d’Inde.  

  

P.S. Je dédie ce billet à mon directeur d’école de la première année à la 6e année primaire à Saint-Alexandre, M. Pierre Chartrand.  

 

Le Barbu de Ville