Le passeport vaccinal a été confirmé hier et sera mis en place à compter du 1er septembre 2021.
Le passeport vaccinal a été confirmé hier et sera mis en place à compter du 1er septembre 2021.

Le passeport vaccinal ne laisse pas indifférent

Josianne Binette
EAP
Approchée ici et là sur la rue Principale à Lachute dimanche dernier, la population semblait particulièrement favorable à la mise en place du passeport vaccinal, annoncé par le premier ministre François Legault le 5 août dernier et confirmé hier, quoique la plupart veulent demeurer discrets sur leur position.

Quelques commerçants, clients et citoyens ont été rencontrés afin de comprendre comment ils accueillent cette mesure, qui vise entre autres à freiner les impacts d’une quatrième vague de la Covid-19 et dont les détails ont été divulgués hier. 

D’entrée de jeu, force est de constater qu’il s’agit là d’un sujet qui, sans être tabou à proprement parler, est très délicat à aborder. La preuve: la très grande majorité des gens qui ont accepté de répondre à la question ont demandé à le faire de façon anonyme. Ainsi, Mme Guylaine Cousineau, une résidente de Lachute doublement vaccinée, est la seule dont l’identité sera révélée dans cet article. Elle s’est d’ailleurs montrée très loquace sur la question : «Elle vas-tu finir cette pandémie-là? Il faut que ça s'arrête là! Le gouvernement doit mettre ses culottes. S’il faut passer par [le passeport vaccinal], qu’il le fasse, qu’il l’impose».  

D’autres clients et citoyens partagent cet avis, dont une sexagénaire questionnée alors qu’elle profitait de la terrasse du bar laitier Lowe, sur la rue Principale: «Je suis parfaitement d’accord avec cette mesure. Je n’ai aucun problème à montrer que j’ai été vaccinée». Une autre passante, une femme dans la trentaine, a tenu à apporter une certaine nuance : «Je trouve d’un côté que ça enlève le choix aux personnes qui ne veulent pas [se faire vacciner]. Mais en même temps, je ne suis pas complètement en désaccord avec l’idée. C’est délicat. D’un point de vue éthique, c’est discutable, mais en même temps, pour que ça revienne à la normale, ben ça prend ça».  

Plusieurs répondants ont également souligné qu’avec l’arrivée de l’automne, au moment de fermer les terrasses, ils se sentiront beaucoup plus en sécurité lors de leurs sorties au restaurant sachant que les clients autour d’eux ont été contrôlés. Ce sentiment de sécurité est partagé par plusieurs tenanciers de bars et de restaurants.  

D’autres ont préféré garder leurs réflexions privées, comme ce propriétaire de restaurant :«Mon opinion n’est pas pertinente. On s’en fout de ce que je pense. Si c’est ça le règlement, on fera respecter la loi».  

Des employés inquiets 

Si la totalité des clients et passants rencontrés se sont dits satisfaits de l’arrivée du passeport sanitaire, le son de cloche chez plusieurs employés de différents commerces est quelque peu différent. Selon la majorité, la question n’est pas de savoir si le passeport vaccinal est une bonne idée; leur inquiétude vise plutôt l’applicabilité de cette mesure dans le contexte actuel. Une employée précise :«On manque déjà de staff et là, ça va être une charge de plus. Déjà que je sers les clients, que je dois désinfecter le plus possible les salles de bains, je n’ai pas le temps de vérifier le passeport vaccinal. Ça va être trop compliqué. Depuis le début, j’essaie [de faire respecter les règles] mais des fois, je disais au client : c’est beau laisse-faire. Je sais, je ne devrais pas. Mais souvent, les gens n'écoutent même pas, ils s’en foutent».  

L’inquiétude de l’impact sur la charge de travail des employés est partagée à grande échelle sur la rue Principale de Lachute. La gérante d’un des nombreux commerces du Centre-Ville ajoute: «J’ai hâte de voir comment on va être capables de gérer ça. L'attitude des clients [...] certains sont agressifs simplement quand on leur demande de mettre le masque sur leur nez. Donc de leur exiger une preuve vaccinale, c’est certain que ça va créer des conflits entre le personnel et la clientèle».  

À l’instar des gérants de plusieurs autres commerces, elle rappelle que son personnel n’est pas formé pour gérer ce genre de situation conflictuelle, et déplore que cette tâche lui revienne continuellement. Pour certains résidents de l’Ontario ayant l’habitude de passer la frontière en moto pour venir dîner en terrasse sur la rue Principale de Lachute, l’impatience est palpable quant à savoir s’ils devront revoir leurs activités dès le mois prochain :«Peut-on continuer à venir ici? Parce que nous, on n’en aura pas de passeport vaccinal». Ils sont ainsi plusieurs à espérer une certaine cohésion entre les gouvernements des deux provinces. Des lumières devraient être apportées sur le passeport vaccinal par le gouvernement de François Legault au cours des prochaines semaines.   

Le mardi 10 août, le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé a annoncé les grandes lignes de cette mesure, qui sera applicable sur tout le territoire québécois à compter du 1er septembre 2021. Les activités à haut taux de contacts, entre autres, les bars, les restaurants, grands lieux de rassemblements et les gyms devront s’y conformer.  Le commerce de détail y échapperait.