Les restaurateurs offrant l’option de mets pour emporter, comme celui de Krikor Demerjian (ci-haut) à Lachute, ont la possibilité de continuer leur activité qui autrement serait absente.  
Les restaurateurs offrant l’option de mets pour emporter, comme celui de Krikor Demerjian (ci-haut) à Lachute, ont la possibilité de continuer leur activité qui autrement serait absente.  

La MRC maintenue en zone rouge

Patrick Hacikyan
EAP
Argenteuil est toujours maintenu en zone rouge laissant plusieurs entrepreneurs, organismes et écoles avec des mesures de confinement plus grandes.

«On est toujours en mode prudence», soutient Agnès Grondin, députée de la Coalition avenir Québec (CAQ) depuis le 1er octobre 2018. Questionnée par l’Argenteuil sur la nécessité de garder Argenteuil en zone rouge alors que d’autres régions ont été mises dans la catégorie de la zone orange, la députée rappelle alors que la région fait face à un contexte qui l’expose à plusieurs vulnérabilités : «on peut observer que la situation épidémiologique est stable. Par contre, par rapport à d’autres régions du Québec, les Laurentides figurent parmi les plus haut nombres de cas par 100 000 habitants.»

Cette réalité, combinée avec la proximité de la grande région de Montréal, ont été parmi les facteurs justifiant la décision du gouvernement Legault de garder la région en zone rouge. De plus, contrairement à l’automne passé, la classification des zones de couleur n’est plus faite au niveau des MRC, mais bien au niveau régional. «C’est beaucoup plus complexe à gérer par MRC dans les Laurentides. On le sait puisque nous dépendons non pas de l’hôpital d’Argenteuil mais de ceux de Saint-Jérôme et de Saint-Eustache. C’est seulement ces deux hôpitaux qui sont équipés pour gérer des cas sérieux de COVID-19», d’informer la députée caquiste. D’après la députée, ces deux hôpitaux réunis auraient 60 lits disponibles à cet effet, ainsi que 14 en soins intensifs.

Cette décision a évidemment un impact sur plusieurs entrepreneurs de la région, dont les restaurateurs, les bars et les centres d’entrainement. Ils ne peuvent plus servir leur clientèle dans leur établissement et plusieurs sont contraints à fermer avant 20h comme les dépanneurs. «C’est dommage de ne pas pouvoir offrir un service personnalisé à mes clients assis. Dans mon cas, je peux offrir tous mes mets pour emporter, donc j’ai cette chance qui me permet de survivre à la situation», dénote Krikor Demerjian, propriétaire du resto Ararat à Lachute. Là où je ressens un impact, c’est à l’heure du souper. À cause du couvre-feu, les gens sont plus réticents à sortir après le coucher du soleil. Ça restreint le nombre de personnes qui viennent après 18h. Ce problème n’existe pas pour les restos offrant la livraison, ce qui n’est pas mon cas.»

Pour les restaurateurs qui ont une offre de service visant le service à la clientèle et l’ambiance, les effets sont encore plus percutants.  « On commence à vivre les dommages collatéraux.  En plus de la perte de revenu, ce sont nos employés qui commencent à nous quitter, se désole Audrey Marleau, copropriétaire du restaurant Le Bouillon-Le16 avec Sylvain LeSeize.  Nos employés qui sont à 55% de leur salaire sont rendus à la limite de ce qu’ils pouvaient tolérer, et, en même temps, on les comprend. »  Mme Marleau et son complice ont réussi à user de leur créativité en développant une formule pour emporter et semblent particulièrement fiers de leur tourtine, un heureux mélange de tarte et de poutine, une idée provenant du lac Saint-Jean. « C’est un peu plus sophistiqué, on y met du filet mignon haché, du smoked meat, des frites maison et du fromage frais de chez Saint-Guillaume!», énumère la femme d’affaires.  Cette créativité, comme chez plusieurs autres commerçants, leur permet de survivre financièrement, malgré les pertes de revenus qui commencent à atteindre une certaine limite, selon elle.  Contrairement aux restaurants de la grande région de Montréal, Argenteuil a été ouvert jusqu’au 18 décembre dernier.

Pour les commerces de détail conventionnels, la situation s’est améliorée depuis le 8 février, date où le gouvernement provincial a amorcé la réouverture des commerces non essentiels. «Pour nous, depuis le 8 février, on peut accueillir un nombre limité de clients, ça se déroule assez bien. Le fait que les Laurentides demeurent en zone rouge ne change rien pour notre commerce directement. Mais pour un commerce de la rue principale de Lachute, l’achalandage qu’amènent les restaurateurs est très important. En ce moment on ressent vraiment l’absence de ce trafic habituel» explique Paul Pariseau, propriétaire du Mode PEP à Lachute, qui a aussi souffert de la fermeture du temps des fêtes du 2e confinement.

Lors du dernier point de presse, le gouvernement Legault insiste pour la poursuite des efforts collectifs, mais commence à ouvrir son jeu avec l’arrivée des vaccins de masse.  Le bilan sanitaire suivant la semaine de relâche offrira peut-être plus d’informations à ce sujet. «Nous ne pouvons pas encore calculer l’impact qu’aura eu la semaine de relâche sur la transmission du virus. Il est donc important pour nous de toujours être plus prudent que pas assez. On peut tout de même être optimiste. Le nombre de cas dans la MRC demeure peu élevé. La vaccination se passe très bien dans Argenteuil et de nouvelles doses de vaccin arrivent bientôt pour les 60 ans et plus», résume Mme Grondin.