Marie-Josée Clermont, une «jeune vieille enseignante» qui exerce son métier avec dévouement et passion depuis 3 ans au Centre de formation générale des adultes, édifice Le Parallèle.
Marie-Josée Clermont, une «jeune vieille enseignante» qui exerce son métier avec dévouement et passion depuis 3 ans au Centre de formation générale des adultes, édifice Le Parallèle.

De l’implication qui raccroche et change des vies!

Mylène Deschamps
EAP
C’est avec des converses blancs et jaune au pied, son sourire contagieux et des yeux espiègles que Marie-Josée Clermont, l’enseignante du groupe Parent-école ouvre les deux grandes portes du centre de formation générale, Édifice Le Parallèle, cette école qui redonne aux adultes l’espoir d’un avenir meilleur.

Marie-Josée Clermont, c’est un bon petit «canif suisse» pour la commission scolaire, comme elle se plait à dire. Bien qu’elle détenait un diplôme en enseignement dès la vingtaine, celle qui a été une élève modèle sur les bancs d’école des ursulines à Trois-Rivières, n’a pas aimé ses premières années d’enseignement.  Elle a donc bifurqué par l’animation radio, certains organismes communautaires (Tricycle) et en intervention en insertion professionnelle (CJE), avant de parvenir à son «best défi professionnel», celui d’aider des personnes d’ici à raccrocher. 

Clermont sait prendre les bouchées doubles et apprécier son été de congé afin de passer aussi du temps ses deux grands amours de garçons.  Maman et pleine d’énergie, l’idée d’enseigner des notions de la 1re année à la 5e secondaire aux raccrocheurs de la région ne lui a pas fait pas froid aux yeux. «On sait que la diplomation de la mère est directement reliée avec celles des enfants.  Il y a des exceptions, mais en général, c’est comme ça!»  

 Elle sait reconnaitre aussi le soutien de ses directrices, Marlène Garneau et Linda Dénommée (la meilleure, dit-elle!) ainsi que l’apport de Sonia Bradette, conseillère pédagogique, plein de femmes qui allument des étincelles pour contrer les statistiques moins élogieuses dans Argenteuil (voir autre texte).  

«Les personnes qui cognent à la porte ici ont autant de blessures qu’un adolescent, mais souvent… depuis plus longtemps. Ils arrivent avec les mêmes cicatrices, les mêmes plaies ouvertes, les mêmes stigmates, c’est malade!», souligne celle qui fournit tous les efforts pour les aider à reprendre confiance. Forte en communication et ouverte d’esprit, elle est déterminée à aider chacune de ses élèves.  Soutenue par une technicienne en éducation spécialisée, Kat-Lee Ann Perreault-Guay, c’est une deuxième famille qui est créée dans la classe mythique de Danielle Champagne (enseignante de la maternelle de Saint-Julien, le nouvel édifice du Parallèle).   

Plutôt que d’y retrouver des petits de 5 ans les yeux gonflés par un avenir prometteur, dans sa classe, ce sont des visages (surtout des mamans) remplis d’espoir d’atteindre leurs propres objectifs. Quand un parent décide de revenir à l’école, ça peut être autant pour simplement aider leurs propres enfants à faire leurs devoirs, pour obtenir des préalables à un diplôme d’études professionnelles que pour obtenir le fameux diplôme d’études secondaires.  Les instigateurs du projet font tomber toutes les barrières et tentent le tout pour le tout pour mener ces personnes à bon port avec une gratuité, une simplicité et une flexibilité désarmantes.  Les horaires sont d’ailleurs calqués sur celles des enfants, un service de transport est possible et on leur fournit tout le matériel. À 14 h 30, ils quittent pour aller cueillir leur marmaille. 

Le même bonheur, la même aura de protection et de sensibilité règne dans la classe de Marie-Josée Clermont.  «J’incarne une certaine autorité, je suis un peu comme leur mère, dit la «vieille jeune prof. Mais c’est important pour moi de leur faire comprendre qu’on est tous égaux.  Je suis une personne humaine, j’ai des soucis et je deviens une meilleure version de moi-même grâce à elles.»  Voilà probablement la principale raison de son succès.  Elle est humaine.  «Même quand elles abandonnent, je garde le lien.  Je leur souhaite bonne fête et j’espère qu’elles reviennent!» 

Elles sont plus d’une vingtaine chaque année à faire partie de ce projet presque unique au Québec, né quelque part en Gaspésie.  D’ailleurs, le groupe a été ovationné à l’Assemblée nationale en 2019 et a fait partie du paysage télévisuel en mars dernier à l’émission phare de Télé-Québec, L’avenir nous appartient, animé par Monique Miron et Émilie Perrault.  Un bijou à visionner. 

Ce qu’elles ont en commun, elles n’ont pas de diplôme d’études secondaires et ont au moins un enfant en bas de 18 ans à qui tout cela pourra servir, même s’il est en gestation!  Et selon les statistiques, plus une mère est scolarisée, plus les chances que l’enfant le soit grandissent.