Rollie Fingers, As d'Oakland 72-73-74.
Rollie Fingers, As d'Oakland 72-73-74.

Baseball, beurre de peanut et compagnie…

Patrick Beauséjour
EAP
 Dans notre quartier, nous étions l’équipe du p’tit Canada. Nous n’étions jamais assez pour former deux équipes de baseball complètes. Parfois, on n’était tellement pas assez qu’il fallait repêcher les p’tits culs de moins de 5 ans. Vous savez, ceux qui jouent dans le sable plutôt que de se concentrer à remporter la série mondiale du p’tit Canada, ceux qui cherchent des chenilles et courent après les papillons. Nous étions choyés, car on avait trois parcs pour jouer nos parties. Deux au parc Richelieu et un au Laurentian High School, à quatre maisons de chez nous. Le fameux parc des «blokes»! 

Habituellement, nous allions jouer au baseball quand nous avions fini notre patrouille de police autour du bloc! Par la suite, on faisait le tour des cours pour voir qui serait partant pour un programme double. Avant un match, nous nous rendions en gang au Perrette pour acheter des bonbons mélangés; nos bicycles placés délicatement en tas un par-dessus l’autre. Certains avaient des BMX, d’autres des 10 vitesses avec le guidon à l’envers et certains privilégiés avaient des motocross à pédale avec la «tank» en avant pis des «chuck» gros comme des troncs d’arbres… Tout le monde prenait des «Slush Puppie», des jus en sac, des lunes de miel pis des gommes savon. Moi, 9 fois sur 10, je choisissais des cartes de baseball. J’avais, bien sûr, le goût de manger des bonbons mélangés dans un petit sac de papier brun, mais mon désir d’avoir des cartes de baseball était plus fort.  J’étais à la recherche de la carte de Rollie Fingers. Comme un archéologue qui creuse pour trouver des traces du passé, moi je développais des paquets de cartes à une vitesse affolante.  

  

Aujourd’hui encore, je reçois une carte de Noël de la part d’O-Pee-Chee. La compagnie me remercie d’avoir augmenté leur chiffre d’affaires dans les années 80! J’aurais même échangé, à l’époque, une Dale Murphy, une Dave Parker, une George Brett et une Reggie Jackson pour avoir une Rollie Fingers! Pour trente sous (les 25 cennes n'existaient pas dans le p'tit Canada), j’avais un beau paquet avec 12 cartes dedans et une délicieuse gomme plate et sèche.  

  

Nous avions dans notre équipe de rêve les frères Périard, le grand Racine, Charlebois, mon frère et moi, Larocque, l’anglais McPherson, le gros Laplante, Gagnon,  Campeau, Éric le rouge,  Grenon et, en cause désespérée, Hélène, Stéphanie avec un i, l'anglaise et Nancy. D’ailleurs, tous les gars voulaient « frencher » Stéphanie avec un i, mais personne ne voulait l’avoir dans son équipe. Elles, les filles, voulaient jouer à la «tag BBQ»… Là, Stéphanie avec un i devenait le premier choix, c’était après elle que l’on courait!   

  

La première fois que j’ai pensé à d’autres choses que le baseball, c’est à cause de Stéphanie avec un i. La première fois que j’ai pensé que peut-être il y avait sur cette Terre quelque chose de meilleur que le baseball, c’est à cause de Stéphanie avec un i. La première fois que le baseball est passé en deuxième, c’est aussi à cause des yeux bleus et des cheveux rouge feu de Stéphanie avec un i.  

  

En plus d’être un mauvais joueur de balle, l’anglais McPherson était le camelot officiel de notre quartier général. Il distribuait le Journal de Montréal, La Presse et le mythique Argenteuil, notre journal local. Il avait parfois en sa possession le Photo-Police et sa page du milieu. Tous les gars de mon âge ont de très bons souvenirs de cette fameuse page du milieu. McPherson se présentait au marbre avec des gants de bicycle à gaz et parfois un casque d’aviateur. Le genre de gars assez intelligent pour allumer un feu, mais pas assez pour l’éteindre.  Grenon, lui,  portait la fameuse casquette carrée des Pirates de Pittsburgh à tous les matchs. Éric le rouge, lui, ne venait pas souvent jouer avec nous. Il était occupé à se faire battre par le chum de sa mère.  

  

Comme toute bonne partie de balle qui se respecte au Laurentian High School, nous finissions par nous chicaner pour un retrait, un but volé, une fausse balle… bref n’importe quoi pourvu qu’on finisse ça en chicane! C'était sûrement une question de stratégie pour la prochaine fois.  

  

Souvent les chicanes commençaient au début du match, quand il fallait décider quelle équipe commencerait au bâton. Nous décidions le tout avec une partie de «mayoche». Le jeu est très simple: les deux capitaines des équipes se mettaient l’un en face de l’autre et se lançaient le bâton l’un à l’autre. Par la suite, il fallait se rendre à la paume du bâton en bois. Chacun leur tour, les capitaines faisaient des mains pleines, des ciseaux, des allumettes pour se rendre au bout de la paume du bâton et avoir le droit de tourner ce bâton autour de leur tête, sans l’échapper bien sûr. Sinon, on perdait le premier tour de frappe.  

  

Mon frère volait des buts comme d’autres volent des bonbons. Moi, j’aimais lancer et quand je ne lançais pas je pensais à la prochaine fois que j’étais pour lancer.  

  

Quand Jacques Doucet était au micro des Expos, je n’étais jamais sur le terrain. J’étais quelque part avec mon radio transistor sur le bord des oreilles. Je me laissais bercer par les mille et une histoires de Jacques. Et parfois, quand mon père rentrait saoûl comme une botte à la maison tard le soir après une grosse veillée aux danseuses des Trois Puces, un soir de match à Los Angeles ou à San Diego, je levais le son un peu plus fort dans mes oreilles. J'avais l'impression que M. Doucet me réconfortait à coup d'anecdotes, de comptes complets, de stratégies de balle et quoi encore. Merci M. Doucet, mon presque père! J'ai toujours dit que si un jour je rencontre Jacques, je ne serais pas capable de lui parler. Aucun son ne sortirait de ma bouche, moi qui suis un verbomoteur à deux temps! J'aurais le motton dans la gorge et plein de poussières dans les yeux!  

  

J’ai frappé mon seul circuit à vie pour l’équipe du p’tit Canada, un jour que nous n’étions que huit. Un magnifique circuit à l’intérieur du terrain, frappé dans le champ de Stéphanie avec un i qui, pour la circonstance, était occupée à éplucher un pissenlit. La belle Stéphanie avec un i que je pensais impressionner avec le fait que je connaissais toutes les formations partantes du baseball majeur à 10 ans. C’est plutôt son père que j’impressionnais avec mes connaissances de balle. Parfois, quand il était sur sa galerie, il m’invitait à venir «m’assir» avec lui et on jouait à se poser des questions sur le baseball majeur. Il m'a déjà dit que j'étais la relève du grand Serge Touchette! Compliment ultime pour moi.  

Faits marquants 

-Le père de Stéphanie avec un i est mort d'un cancer du cerveau au départ de nos Expos.  

-Je ne suis pas devenu journaliste comme Serge Touchette.  

-Comme nos Expos, les Perrette n’existent plus, comme quoi les choses changent, mais pas toujours pour le mieux.  

-Jacques Doucet n'a pas encore été élu au Temple de la renommée. Au Temple de la renommée de mon coeur, il est numéro #1!  

-J’ai eu la fameuse carte de Rollie Fingers, celle avec les A's d'Oakland, mais je ne vous dis pas comment.  

-Du haut de mes 10 ans, Stéphanie avec un i m’a dit: «J’embrasse pas un gars qui vient de manger du beurre de peanut.»

Jacque Doucet, futur membre du Temple de la Renommée du Baseball Majeur?
Le Barbu de Ville.