Tout un monde.
Tout un monde.

Au parc Richelieu, comme à la maison!

Patrick Beauséjour
EAP
La fin de l’été me ramène toujours à mes souvenirs du fameux parc Richelieu. À l'époque, le parc avait deux terrains de baseball, un «stand» à patates, une glissade en ciment fermé à l’année et une piscine municipale, en majorité occupée pour les petites pauvres de la paroisse. Nous étions dans les années 80, le nec plus ultra des petits qui sentaient le chlore à plein nez. Le parc Richelieu était ma deuxième demeure en quelque sorte du 24 juin au 1er septembre.   

J’ai souvenir d’une bonne patate au vinaigre en regardant une partie de softball au dernier terrain dans le fond du parc et de vider tranquillement mon casseau de «pétaque» avec la lenteur d'un maître Bouddha. Regarder les joueurs se chicaner avec l’arbitre ou entre eux, c’est comme si le temps n’existait pas dans ces estrades. Comme si même l'évolution et le temps qui passe n’exerçaient aucune influence sur soi, une fois assis à regarder une partie de softball dans les estrades. Comme si le parc Richelieu était un lieu dans une autre dimension. Comme si le jeu prenait toute la place. Jouer au baseball, jouer dans l’eau et jouer avec des amis.   

Pendant l’été, le cirque des Shriners venait faire son tour au milieu de la saison estivale. C’était la tombola le temps d’installer des tentes, des machines à barbe à papa, des cages roulantes, les remorques pour l’éléphant, le lion et le tigre. Il y a avait des funambules aussi agiles sur leur fil de fer que le bonhomme Untel s’en allant «chaud comme un rubber» vers le dépanneur Guilbault.   

 Tout me semblait simple à l’époque, malgré la pauvreté ambiante. J’arrivais à la piscine à son ouverture à 9h du matin, j’allais dîner à la maison en bicycle et je revenais me tremper tout l’après-midi jusqu’au souper en partant à la fermeture à 19h. Ainsi de suite jusqu'en septembre. L'objectif ultime de l’été était de sauter du grand tremplin au milieu du douze creux comme on disait et d’y faire la plus belle bombe aquatique jamais vue. Le bonheur était fait de choses simples.  

Le parc Richelieu = la découverte des filles avec un F en majuscule.  

Le nombre de stupidités que nous avons fait pour impressionner les filles est inimaginable. Ça va au-delà de votre imagination chers lecteurs et lectrices de ce billet hebdomadaire. Et si vous étiez romantique comme je pouvais l’être, parfois j'osais inviter une charmante jeune fille à manger une patate frite avec moi sous les estrades du gros terrain de balle. L’odeur de la friture, du chlore, du cuir des gants de baseball, du vent qui venait de la rivière du nord se mélange encore dans mes beaux souvenirs. Le sourire de Stéphanie avec un i, c’était pour elle les patates frites, les bonbons et le chocolat. En fait le parc Richelieu= surtout Stéphanie avec un i.  

 Puis pendant ce temps-là, le temps passe. Il passe tranquillement pas vite toujours au même rythme comme le courant dans la rivière. Le temps passe au même rythme que Marcel en bicycle sur la rue principale.   

Le temps passe et la piscine municipale a fait place à des toilettes chimiques sous forme de roulotte. Un troisième terrain a poussé au milieu des deux autres avec une clôture au centre de 405 pieds. Un terrain qu’on nomme maintenant en l'honneur du meilleur joueur de baseball que Lachute a eu en Philip Devey.   

Le temps passe et la glissade a disparu depuis belle lurette comme le «stand» à patates. Comme quoi le temps passe, mais des fois il passe à côté.   

Le parc Richelieu n’est pas dans une autre dimension, il est simplement au cœur de mes plus beaux souvenirs d'enfance. 

 

Le Barbu de Ville