Abdullah «The butcher»
Abdullah «The butcher»

Abdullah     «The butcher»

Patrick Beauséjour
EAP
Dans mon souvenir de petit gars, personne ne me faisait plus peur que l’impitoyable Abdullah «The Butcher» et son machiavélique gérant Eddy «The brain» Creatchman. De mémoire de petit gars, même Freddy Krueger, celui qui apparaissait dans votre sommeil, ne m’aurait pas fait plus peur.  

J’ai eu l’occasion de le voir deux fois lutter dans mon patelin. Les deux fois, il était accompagné de l’indécrottable Creatchman pour le compte de la lutte internationale.  

Pour leurs spectacles, les organisateurs utilisaient le vieil aréna ou la grange, comme nous aimions l’appeler! Bon, à l’époque, ce n’était pas encore le vieil aréna, car celle de Lowe/Pagé n’était pas encore construite. Les lutteurs faisaient le tour de la province l’été, ce qui permettait de remplir les coffres, et on enregistrait pour la télévision d’automne et d’hiver. Leurs gros galas avaient lieu au mythique centre Paul-Sauvé.   

Ils étaient en quelque sorte un genre de cirque avec des saltimbanques qui font des marteaux-pilons, des prises de l’ours, des planchettes japonaises, des prises en quatre «Wooooo», des fulls Nelson, des petits paquets et des prises du sommeil.  

Ils vendaient aussi le beau programme de la soirée (je regrette amèrement de ne jamais en avoir acheté un, c’est tellement de beaux souvenirs à garder précieusement comme un trésor).   

Il y avait aussi la prise de photo sur le ring pendant l’entracte. Un autre regret. Me voilà les deux pieds dans la nostalgie!   

J’ai vu de mes yeux vus la lutte internationale chez nous, une fois, dans leurs grosses années et l’autre fois dans leur dernière année de vie. La famille McMahon, propriétaire du WWF, avait déjà envahi le marché de la lutte de triste mémoire à ce moment-là.  

La première fois que j’ai vu la fédération, c’était en 1985 avec de gros noms au programme. On m’a raconté que les gars ont fêté fort aux puces en fin de soirée! Cet été-là, Les Road Warrior étaient parmi les grandes vedettes de ce spectacle inoubliable. Le fameux duo de Chicago était en ville, chez nous à Lachute! Je n’en revenais pas. Ils sont entrés sous mille et une lumières, avec beaucoup de boucane, mais surtout au son de  «Iron Man» un grand classique de Black Sabbath. Le volume «à pine, à planche» tellement qu’en sortant de la grange,  vers 22h30, mes oreilles ne voulaient plus rien entendre!   

Comme disait Hawk l’un des deux Road Warrior; «What a rushhhh!» 

Ce soir-là, il y avait aussi, Dino Bravo, lui qui avait des pectoraux gargantuesques et un charisme à la hauteur de ses grandes vedettes d’Hollywood. Il avait belle allure avec ses bottes cirées et son costume bleu. J’ai même vu des mères de famille criées, même pleurer pour lui. J’en étais complètement admiratif!   

Pendant l'entracte, au lieu de prendre des photos avec mes lutteurs préférés, entre autres les Road Warrior, je regardais les autres prendre des photos. J’aurais pu lire le programme de la soirée, mais j’en avais décidé autrement. Je n’étais pas à une mauvaise décision…   

Le clou du spectacle était Gino Brito l’Italien contre l’unique Abdullah «The Butcher». Comme c’était un gala familial, le bain de sang n’a pas eu lieu. Une belle soirée à se fabriquer des souvenirs.  

La deuxième soirée a eu lieu dans la grange aussi, mais en 1987. La lutte internationale était sur le respirateur artificiel, elle était en train d’agonir. La finale me l’a prouvé d’ailleurs quand Gino Brito Junior affrontait Richard «Le magnifique» Charland. Rien pour écrire à sa mère comme on dit dans le domaine des gribouilleurs.  

Nous avons eu tout de même la chance de revoir pour une deuxième fois à Lachute Abdullah «The butcher» et cette fois, il a sorti son fameux stylo qui n’a jamais servi à écrire.  Il avait ouvert le front d’Apollo «The Greek» comme on ouvre une canne de bine. Le sang coulait partout, les mères de famille étaient moins enjouées qu’au combat de Dino Bravo, disons.   

Plusieurs années plus tard, j’ai eu l’occasion de jaser avec certains lutteurs de l’époque. En 1987, il ne restait plus tellement de têtes d’affiche pour l’organisation que «The Butcher».  Pour que le public ait eu l’impression d’avoir eu un bon spectacle, c’est lui qui ouvrait chaque soir devant un nouvel adversaire. 

La vieille grange de la rue Hamford est en quelque sorte mon église, mon lieu sacré, ma mecque du hockey et de la lutte. Amen.  

 

Le Barbu de Ville