Mme Geneviève Arturi, directrice du programme communautaire de santé mentale et toxicomanie du Centre régional de santé mentale et toxicomanie (CRSMT), à l'Hôpital général de Hawkesbury (HGH). Le Centre, qui est maintenant à sa quatrième année d’opération, voit environ 25 000 patients par année, un nombre grandissant, qui ne fait qu’augmenter chaque année, selon la directrice.
Mme Geneviève Arturi, directrice du programme communautaire de santé mentale et toxicomanie du Centre régional de santé mentale et toxicomanie (CRSMT), à l'Hôpital général de Hawkesbury (HGH). Le Centre, qui est maintenant à sa quatrième année d’opération, voit environ 25 000 patients par année, un nombre grandissant, qui ne fait qu’augmenter chaque année, selon la directrice.

La santé mentale à l’ère de la télémédecine

Cristiana Mandru
EAP
Selon une étude récente publiée par The Globe and Mail, les communautés rurales canadiennes (surtout celles plus éloignées) accusent des besoins criants en santé mentale, en raison de plusieurs facteurs. Ce n’est pas le cas de Hawkesbury, qui dispose de son propre Centre régional de santé mentale et toxicomanie (CRSMT) et qui a embarqué dans la vague de nouvelles technologies pour desservir la clientèle grandissante de Prescott-Russell.  

Geneviève Arturi, directrice du programme communautaire de santé mentale et toxicomanie à l'Hôpital général de Hawkesbury (HGH), travaille à l'hôpital depuis plus de 18 ans, tout en occupant son poste actuel depuis cinq ans.

Avec le déménagement dans un nouvel édifice en 2016, cinq services communautaires ont été intégrés sous le même toit. Si auparavant la toxicomanie et la santé mentale étaient deux domaines parallèles, maintenant, depuis l'intégration de tous les services reliés à la santé mentale, la gamme de services offerts à la clientèle est plus vaste, ce qui est excellent pour les patients, selon Mme Arturi. 

«Depuis que je suis ici et qu'on a déménagé dans la nouvelle clinique, la demande ne fait qu'augmenter. Je pense que c'est dû au fait que l’endroit a plus de visibilité. On a vu une bonne différence l'année qu'on a déménagé, mais depuis qu’on a centralisé tous les services, la quantité qui rentre tous les mois ne fait qu'augmenter», a-t-elle noté. 

Elle explique cette augmentation de la demande par un changement au sein de la société, qui considère moins tabou de consulter en psychologie ou en psychiatrie. C’est une croissance graduelle depuis toujours qui ne fait qu'augmenter chaque année. Présentement, les spécialistes du Centre voient en moyenne 25 000 patients par année. 

L’hôpital bénéficie des services de cinq psychiatres présentement, chacun à temps partiel et avec des rôles différents. En tant qu’hôpital qui dessert une zone considérée rurale, l’HGH a des ententes avec des hôpitaux régionaux, tels l’Hôpital Montfort et Le Royal d’Ottawa. Au niveau de la demande, elle vient de toute la communauté de Prescott-Russell. 

«Depuis que je suis ici, la demande a toujours été en croissance. C’est sûr que les ressources ont aussi augmenté, mais est-ce qu'on satisfait pleinement la demande pour tous les services? Pas vraiment dans tous les services, parce qu'on a certaines listes d'attente», a constaté Mme Arturi. 

Par exemple, il y a certains services surspécialisés qui sont envoyés ailleurs, à cause du manque de spécialistes dans la région. Tel est le cas pour la gestion de cas, qui est la clientèle souffrant de troubles sévères et persistants, dont les soins sont plus intensifs. À ce moment-là, ils sont aussi envoyés ailleurs. Les patients souffrant de troubles alimentaires sont aussi envoyés à la clinique des troubles alimentaires à Ottawa. Pour les services de gérontologie, ce sont des gérontopsychiatres du Centre de soins en santé mentale Le Royal qui viennent en personne ici pour visiter les gens dans leur milieu. 

«Toutes nos demandes arrivent à l'accès centralisé, où il y a un premier dépistage avec notre intervenante, en fonction des priorités», a-t-elle expliqué. Il y a certaines demandes qui sont traitées en priorité, tout comme à l’urgence: pour les interventions de crise, il n’y a pas de temps d'attente, de même que pour les cas de sevrage.  

«L'un de nos plus grands temps d'attente est en psychothérapie, pour les agressions sexuelles reliées à l’enfance, a-t-elle repris. Dans le cadre du programme de psychothérapie du Centre, au niveau des traumas et des agressions sexuelles qui datent de l'enfance, les demandes sont grandes et les ressources beaucoup plus petites», d’après Mme Arturi. 

Les différentes approches

Pour l’approche purement médicale, les délais d’attente sont plus raisonnables, selon la directrice. 

«Au niveau de la psychiatrie, je dirais que les temps d'attente sont beaucoup plus acceptables qu'il y a quelques années. Ça peut prendre entre quatre à huit semaines pour voir un spécialiste. C’est quand même bien, parce qu'entretemps, on offre des rencontres avec une infirmière spécialisée en psychothérapie et une rencontre avec un groupe. Donc, on peut offrir d'autres services en attendant», a-t-elle précisé. 

Le psychiatre est le premier point de contact en santé mentale. C’est lui (ou elle) qui donne le diagnostic et fait la prescription de médicaments et qui recommande au médecin de famille ce qu'il faut faire avec ses patients par la suite; tandis que la psychothérapie n'est pas l'approche médicale et pharmacologique, mais celle offerte par les travailleurs sociaux et les psychologues.  

«En revanche, ça prend vraiment des clients engagés à faire des changements dans leurs stratégies d'adaptation et leurs mécanismes de défense. La psychothérapie c'est une analyse de la personne au niveau de sa personnalité: pourquoi elle a réagi d'une certaine façon et pas autrement», a-t-elle expliqué. 

Enfin, une partie tout aussi importante c’est la psychoéducation, qui représente le rôle des infirmières afin que le patient comprenne son diagnostic, en commençant par l'importance de bien se nourrir, bien dormir, des stratégies pour mieux dormir, etc., ce qui est vraiment de l'éducation et pas de la thérapie, selon Mme Arturi.  

La nouvelle ère de l’approche médicale

« On a des ententes avec les hôpitaux régionaux au niveau de la télépsychiatrie. On offre plusieurs cliniques où le client se présente ici, tandis que le psychiatre est à Montfort ou au Royal, et c'est par Ontario télémédecine, un service de type Skype, qu’ils se rencontrent», a expliqué la directrice. Le médecin est là pour la session d'évaluation. Il/elle écrit son rapport et l'envoie au médecin de famille qui va alors prendre la relève au niveau de la prescription, des suivis, etc. Ça fait déjà plusieurs années que la télépsychiatrie fait partie du quotidien de la population de Prescott-Russell. 

Apparemment, ce n’est pas seulement au chapitre de la santé mentale et au niveau des psychiatres que la télémédecine est très populaire ici, mais aussi dans d’autres domaines, selon Mme Arturi.  

C’est aussi le cas pour la télépsychothérapie, où c'est l'envers, les thérapeutes sont à l’hôpital et les patients sont chez eux. Donc, ces derniers rencontrent le psychiatre ou le psychothérapeute toute la semaine, mais par ordinateur. Cette approche se fait depuis au moins un an. 

«Ça facilite beaucoup la tâche des gens qui ne peuvent pas se déplacer à cause de problèmes de transport. Ça prend cependant une connexion à Internet à domicile. On peut offrir au moins une à deux cliniques par semaine, deux à trois clients chaque fois, c’est donc au-delà de ce que les gens font en personne ici», a-t-elle expliqué. 

Les dernières tendances en santé mentale

De nos jours, les troubles d'anxiété et les troubles de personnalité font partie des cas les plus fréquents que les médecins et les thérapeutes rencontrent en santé mentale. 

Les services plus achalandés maintenant qu'il y a cinq ans se situent au niveau de la jeunesse 16-24 ans, l’âge de transition pour les jeunes, la toxicomanie, la santé mentale adulte sans oublier la gérontopsychologie. La population est vieillissante et la demande est constante, d’après la directrice. 

Les dernières tendances en psychologie et en psychiatrie consistent dans la détection plus précoce qu'avant, ce qui fait qu’on détecte la maladie à un plus jeune âge, au lieu que la personne arrive dans la trentaine avec des troubles beaucoup plus complexes. 

Il y a aussi un changement au chapitre des médecins. Avant, le médecin de famille référait une personne à un psychiatre qui continuait à la suivre au cours de sa vie, même quand elle était stable.  

«Tu avais un médecin de famille qui te suivait pour ta santé physique et un psychiatre qui te suivait pour la santé mentale, mais qui ne se parlaient point. Puis on a trouvé que ça ne faisait pas de sens parce que lorsque tu as un problème cardiaque, tu ne vas pas voir ton cardiologue pour la vie. Ça c'est la nouvelle philosophie: ça n’existe plus d'être assigné à un psychiatre à vie; en tout cas, pas dans les services publics», a expliqué Mme Arturi. 

Aujourd’hui, le psychiatre c'est un spécialiste qui stabilise la personne, qui offre des recommandations et appuie le médecin de famille. Mais dès qu'on a atteint une certaine stabilité, le patient retourne voir son médecin de famille et l'équipe de santé primaire, qui se mobilise pour maintenir sa stabilité.