Cette chaleur a entrainé bien des problèmes, notamment chez les agriculteurs.
Cette chaleur a entrainé bien des problèmes, notamment chez les agriculteurs.

Chaud et sec, tornade, forte grêle : pas un été de tout repos au Canada

Marc Poirier
Francopresse
L’été 2020 prouvera encore une fois que, du côté de la chaleur au Canada, la «tendance se maintient» : comme plusieurs des étés précédents, celui de 2020 sera parmi les plus chauds de l’histoire canadienne.

C’est officiel, juillet a été le plus chaud depuis 84 ans à Toronto» ; «Juillet 2020 a été le deuxième plus chaud jamais enregistré à Ottawa» ; «Juin 2020, le mois le plus chaud jamais enregistré dans le monde» ; «Le mois de juillet le plus chaud depuis 99 ans à Montréal».

«L’été 2020 n’a pas été très positif» souligne le directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, Danik Lafond. Selon lui, le foin et certains types de céréales ont été particulièrement touchés par la chaleur et le temps sec.

Ce genre de manchettes qu’on a pu lire dans les médias ces derniers mois reviennent d’année en année au pays, signe que le réchauffement de la planète n’est pas qu’une illusion. Environnement et Changement climatique Canada le confirme : plusieurs parties du pays ont connu des mois de juin, juillet et aout plus chauds que la normale, avec des records pour juillet enregistrés à Ottawa et Toronto. Montréal a frôlé des chaleurs inégalées.

«On a connu une chaleur d’une intensité assez spectaculaire et des températures extrêmement rares», souligne Marie-Ève Giguère, d’Environnement et Changement climatique Canada.

«On a atteint 36,6 degrés à Montréal à deux reprises, soit le 27 mai et le 10 juillet. On a atteint 36,9 à Ottawa. Sans l’humidex.»

L’été a commencé tôt dans l’Est

La vague de chaleur survenue lors de la dernière semaine du mois de mai à plusieurs endroits a été un des faits marquants de l’été. Cette arrivée hâtive de la chaleur était d’autant plus étonnante à Toronto, car il avait neigé plus tôt au cours du mois, un fait «extrêmement rare», selon Madame Giguère.

Il a fait particulièrement chaud en juillet en Ontario. Trois vagues de chaleur se sont succédé avec peu de répit entre elles : du 1er au 10, du 17 au 19 et du 25 au 29.

À Toronto, le mercure a dépassé les 30 degrés 34 jours, alors que cela n’arrive normalement que 16 fois durant l’été. Scénario similaire à Ottawa, avec 31 jours de plus de 30 degrés, contre 12 jours habituellement.

Cette chaleur a entrainé bien des problèmes, notamment chez les agriculteurs. «L’été 2020, ça n’a pas été très positif», souligne Danik Lafond, directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO) et agriculteur à Saint-Eugène, dans le canton de Hawkesbury Est, en Ontario. «La première coupe de foin, on pourrait la qualifier de désastreuse».

Les rendements ont également été faibles pour différents types de céréales : blé, orge et avoine, car elles se récoltent au début du mois d’aout. Heureusement, il y a eu davantage de pluie plus tard au cours du mois, ce qui aidera les autres productions.

Les Maritimes assoiffées

Les trois provinces des Maritimes ont également souffert de la chaleur et du manque de pluie. Au Nouveau-Brunswick, à l’Île-du-Prince-Édouard ainsi que dans la partie sud de la Nouvelle-Écosse, l’été a été de 50 % à 75 % plus sec que la normale.

À Moncton, au cours des 20 premières journées d’aout, il n’est tombé que 7 mm d’eau, alors que la normale est de 52 mm.

«Moi, je n’ai jamais vu ça de même», affirme l’agriculteur Gilles Bernard, en parlant du temps sec. Propriétaire d’une ferme laitière dans la région Évangéline, à l’Île-du-Prince-Édouard, il explique que sa production de foin, qu’il utilise pour ses vaches, a été bien en deçà de la normale.

La taille de la première coupe était environ 50 % plus petite qu’habituellement. «Et la deuxième coupe était moins de 20 % de la première».

Il n’y a pas que le foin qui est plus maigre cette année ; la première récolte de pommes de terre, à la fin aout, a fondu comme neige au soleil.

Gilles Bernard pourra survivre à cet été peu ordinaire à condition que l’année prochaine soit plus clémente. «Si j’avais deux ou trois années de suite comme celle-ci, ce serait une catastrophe.»

Le nord du Canada encaisse la chaleur

Certaines parties du Nord canadien ont ressenti fortement les excès de chaleur. À l’île de Baffin, il a fait 21,2 degrés le 18 aout, soit 6 degrés de plus que le record précédent. «On ne l’a pas juste battu, on l’a fracassé», commente Marie-Ève Giguère d’Environnement et Changement climatique Canada.

À Alert, au Nunavut, le point le plus au nord de la planète habitée de façon permanente, le thermomètre a affiché plus de 19 degrés les 26 et 27 juillet, soit quatre degrés de plus que l’ancienne marque. Non loin de là, à Eureka, il a fait 19,5 degrés le 26 juillet, battant un record datant de 1947. Pendant la même semaine, il faisait moins chaud à Victoria, en Colombie-Britannique.

Une autre histoire dans l’Ouest

La majeure partie de l’ouest du pays a vécu un été bien différent qu’ailleurs au Canada.

Marie-Ève Giguère dit que l’été s’est fait attendre. «Quant à l’Alberta et surtout la Colombie-Britannique, ils ont attendu le temps chaud. Ils l’ont attendu longtemps, et quand il est arrivé, il n’est pas resté longtemps.» 

Certains endroits ont cependant eu leur part de chaleur, comme à Kamloops, en Colombie-Britannique, où il a fait plus de 30 degrés lors d’une vingtaine de jours. On a même atteint 41 degrés dans certains points précis de la province.

L’Ouest a aussi été le théâtre des deux évènements météo les plus extrêmes de l’année : le 7 aout, une tornade de catégorie EF3 a frappé la petite ville de Virden, au Manitoba, située à l’ouest de Winnipeg. Un homme et une femme, âgés tous deux de 18 ans, ont perdu la vie après avoir été éjectés de leur véhicule par la tornade. Le véhicule avait été projeté à plus d’un kilomètre de l’endroit.

L’autre incident majeur n’a pas fait de morts, mais a causé d’importants dégâts : le 14 juin, un orage de grêle est tombé sur la ville de Calgary. Selon Marie-Ève Giguère, certains grêlons mesuraient de 5,3 à 6 centimètres, soit la taille d’une balle de tennis. «Pour être si gros, il faut qu’il y ait énormément d’humidité dans les nuages», dit-elle. Cet orage, qui a aussi entrainé d’importantes inondations, aurait causé des dommages évalués à 1,2 milliards de dollars.

L’été 2020 n’aura donc pas été de tout repos au Canada. En raison des changements climatiques et du réchauffement de la planète, les experts répètent qu’il faudra s’y habituer.