Le gouvernement fédéral a invoqué la Loi sur la mise en quarantaine, et le gouvernement du Québec a aussi émis de nombreuses consignes liées à la sécurité publique. Ces mesures, aussi nécessaires semblent-elles pour plusieurs, ont aussi le potentiel d’effriter le tissu social.
Le gouvernement fédéral a invoqué la Loi sur la mise en quarantaine, et le gouvernement du Québec a aussi émis de nombreuses consignes liées à la sécurité publique. Ces mesures, aussi nécessaires semblent-elles pour plusieurs, ont aussi le potentiel d’effriter le tissu social.

Quarantaines et dénonciations au temps de la COVID-19

André Farhat
EAP
Après les appels à la collaboration sont venues les amendes aux voyageurs. Maintenant, il y a les décrets, les patrouilles et la dénonciation. Des mesures d’une autre ère, d’autres sociétés.  

Le matin du 25 mars, comme nous l’avons reporté ici, le gouvernement fédéral a invoqué la Loi sur la mise en quarantaine. Cette loi accorde d’énormes pouvoirs et une grande latitude aux autorités. Modifiée en 2005 lors de la crise du SRAS, elle vise essentiellement à freiner une épidémie lorsque les mesures habituelles ne suffisent plus ou ne sont pas observées.

Par sa portée, toutefois, elle va beaucoup plus loin. Elle autorise le ministère fédéral de la Santé à mettre en place des postes de quarantaine partout au pays, et à imposer de lourdes peines ou amendes aux contrevenants. Contrairement à certaines croyances, la Loi ne touche pas que les voyageurs, mais s’applique à l’ensemble de la population.  

De son côté, le gouvernement du Québec a émis des consignes, ou plus justement des décrets, afin de contenir les déplacements des personnes et limiter les rassemblements. Plusieurs villes ont à leur tour émis des directives en ce sens. 

Lachute et la dénonciation

La ville de Lachute publiait le 25 mars, sur sa page Facebook uniquement, cette déclaration suivante  : 

 

Dénonciation pour non-respect des consignes de santé publique 

La Ville de Lachute vous rappelle que l’Institut national de santé publique a mandaté la Sûreté du Québec afin de faire respecter les récentes consignes émises par le gouvernement provincial dans le cadre de la pandémie de la COVID-19. 

Si vous souhaitez faire une dénonciation pour le non-respect de ces consignes, veuillez composer le 310-4141 ou par cellulaire le *4141.

Nul ne doute que cet avis existe pour informer la population de dispositions exceptionnelles en vigueur, de ces mesures semblables à celles de la Loi sur les mesures de guerre. Et sûrement qu’il a été aussi affiché afin de bien diriger les gens qui sentent le besoin de dénoncer des comportements qui vont à l’encontre des consignes. 

Directives et dérives

Pourtant, cet appel à la dénonciation soulève chez les gens bien des questions et inquiétudes.  

François Legault l’a dit dans les derniers jours, «encore là, on ne veut pas aller avec la répression, là. Moi, je continue de compter sur la collaboration de tous les Québécois». Il reste à savoir ce qu’en pensent les autorités locales, tant dans les hôtels de ville qu’aux postes de commandement. Mais aussi ceux qui seront aux premières loges : les citoyens.  

À suivre.