Marchands de la rue Principale mécontents

André Farhat
EAP
En mai, la Ville de Lachute avait annoncé un nouvel aménagement temporaire de la rue Principale, suivant la réouverture de certains commerces. L’initiative, qui s’était concrétisée rapidement, n’avait pas convaincu tous les commerçants, ni leurs clients. Maintenant, devant le mécontement de marchands et clients, la Ville réagit.

« On commence tout de suite, pour donner un coup de barre, mais l’aménagement est appelé à évoluer. » C’est ce qu’indiquait alors le directeur général de la Ville de Lachute, Benoît Gravel à L’Argenteuil. Il insistait alors sur le caractère adaptatif de l’expérience. Les bollards (ces petits poteaux balisés vissés dans la chaussée) et boîtes de fleur pourraient rapidement être retirés, déplacés ou remplacés. Voilà qui se révèle aujourd’hui bien à propos.

Le 4 mai dernier, alors que certains types d’entreprises étaient déconfinées, la Ville, après avoir rapidement sondé les commerces du centre-ville, avait élargi la surface piétonne de la Main, en empiétant sur les places de stationnement adjacentes aux trottoirs de chaque côté de la chaussée. L’objectif était de permettre une affluence accrue en phase avec les mesures de distanciation de deux mètres.

Le directeur général comptait également être à l’écoute des marchands de la rue Principale.

Une expérience peu concluante

« C’est une aberration! », s’exclame Daniel Desforges, chez Fleuriste Bernard Tessier. « Le trottoir à 12 pieds de large, ce n’est pas nécessaire. » M. Desforges, qui a été propriétaire et du commerce et de l’immeuble qui l’abrite pendant des décennies. Il évalue que cette mesure lui a fait perdre plusieurs milliers de dollars.

Comme lui, Dianne Dixon, propriétaire de la boutique J.B. Dixon, de l’autre côté de la rue, croit que les trottoirs étaient déjà assez larges comme ça. « Il y a seulement les personnes avec les fauteuils roulants électriques qui utilisent l’élargissement », observe-t-elle.

Martin St-Denis, de Décor St-Denis, compatit avec les services de livraison. « L’autre jour, un livreur a dû se stationner de l’autre côté de la rue, à côté de la caisse pop, et me livrer des palettes entières à coup de  voyages en diable. » Il est toutefois heureux que la Ville ait fait un test, même si selon lui, « ce n’est pas concluant ».

Une frustration généralisée

Comme les autres entrepreneurs de la rue Principale, Monik Ypperciel, de Chaussures Monik, a d’abord vu l’insatisfaction chez sa clientèle. « Mes clientes sont très fâchées, ça n’a pas lieu d’être. » Elle commente aussi le manque de consultation de la Ville auprès d’eux. « Ces gens-là ne sont pas des commerçants. » Comme Dianne Dixon, elle a aussi exhorté sa clientèle à se faire entendre. « J’ai dit à mes clientes “Appelez la mairie, dites-leur votre insatisfaction” ».

  Déjà, au moment de l’aménagement, des commerçants s’étaient empressés de verbaliser leur mécontentement, alors que d’autres voyaient l’initiative d’un bon œil, sous toutes réserves. Maintenant que deux mois ont passé, la frustration des commerçants et d’une partie de leur clientèle a fait bouger la Ville. Comme l’indique M. Gravel, « Tel que mentionné par le maire lors de la dernière séance de conseil, la Ville travaille à modifier son plan d’aménagement du centre-ville en lien avec les commentaires reçus des commerçants et leur clientèle. »

 C’est maintenant fait : la Ville, avec l’aide de la Chambre de commerce et d’industrie d’Argenteuil, a identifié une vingtaine de places de stationnement qu’elle a libéré, incluant les quatre cases réservées aux personnes à mobilité réduite. De plus, la Ville va ouvrir certaines entrées charretières du côté sud afin de faciliter l’accès à l’arrière des boutiques qui y sont logées.

Les travaux n’ont jamais été conçus pour durer. « Tout va être temporaire », avait insisté en mai M. Gravel. « Nous allons essayer des choses, expliquait M. Gravel, c’est un work in progress. » Certains penseront qu’il n’a jamais cru si bien dire.