Frédéric Turgeon Savard, Joël Alarie, Marie-Lyne Bélair, Léandre Chagnon et Jean-Sébastien Lépine (et Roxy) ont officiellement ouvert la Ferme La Roquette ce printemps. Leur coopérative agricole biologique, qui récoltera ses premiers légumes cet été, a déjà vendu la totalité de ses paniers pour l’année 2020.
Frédéric Turgeon Savard, Joël Alarie, Marie-Lyne Bélair, Léandre Chagnon et Jean-Sébastien Lépine (et Roxy) ont officiellement ouvert la Ferme La Roquette ce printemps. Leur coopérative agricole biologique, qui récoltera ses premiers légumes cet été, a déjà vendu la totalité de ses paniers pour l’année 2020.

Ferme coopérative La Roquette : verts et mûrs

André Farhat
EAP
Les coopératives agricoles et petites fermes se multiplient dans Argenteuil et les Laurentides. La ferme coopérative La Roquette, à Whissel Town, est un des exemples de cette relève en apparence peu probable.

Ils sont cinq âgés de 30 ans en moyenne, et leur projet de ferme coopérative a commencé à germer en 2012. Si Léandre et Marie-Lyne sont respectivement de La Petite-Nation et de Rivière-du-Loup, les trois autres, Frédéric, Joël et Jean-Sébastien, sont de Montréal. La plupart sont des universitaires qui ont bifurqué vers l’Institut national d’agriculture biologique du cégep de Victoriaville, dans le programme de gestion et technologies d’entreprise agricole.

Leur démarche n’est à la base pas économique, mais sociale. « C’est ancré dans un projet écologique et politique », explique Joël Alarie, qui a d’abord étudié en arts visuels à l’université Concordia. «Une des grosses sources de problèmes et de solutions, c’est l’agriculture, ça revenait dans toutes nos discussions.»

Malgré leur jeune âge, ils font preuve d’un sérieux, d’une préparation et d’une rigueur exemplaires. Ensemble, ils couvrent une bonne part des compétences nécessaires pour rouler une ferme. Mis à part l’agriculture, ils accumulent les forces: l’un a aussi étudié la charpenterie, alors que l’autre a fait sa mécanique agricole. Et d’autres sont férus en communications.

Pourquoi Argenteuil?

Le choix de s’établir sur des terres d’Argenteuil, en milieu quasi urbain, ne s’est pas fait au hasard, loin de là. Les membres de La Roquette ont certes fait leurs devoirs, mais ils sont les premiers à souligner le travail des organismes et programmes qui leur ont vanté la région.

C’est entre autres avec Éric Poulin, de Place aux jeunes, qu’ils ont découvert la région. Puis, comme le dit Joël Alarie, «ce qui a vraiment déterminé [notre choix] à la fin, c’est que tous nos agents de liaison à la MRC étaient vraiment motivés. Ils travaillent constamment pour nous.»

Par exemple, Jonathan Palardy, Agent de développement agroalimentaire à la MRC d’Argenteuil, les a aidés, grâce au  programme L’ARTERRE, à se jumeler à des agriculteurs qui leur ont loué leurs terres et leurs installations. «Les gens de la MRC sont très compétents. Ça nous a épatés, affirme Frédéric Turgeon Savard, les gens qu’on connait qui ont des projets semblables dans d’autres régions n’en revenaient pas.»


La Ferme La Roquette exploite près de deux hectares sur la route du Canton, à Brownsburg-Chatham, près de l'autoroute 50.

Terre d'accueil

La Roquette loue pour l’instant deux terres : la plus petite, d’environ deux hectares, est la plus visible. Située sur la route du Canton, entre l’encan de Lachute et l’autoroute 50, elle sert d’abord à la culture des légumes qui vont dans la constitution des paniers.

D’ici peu, des serres s’ajouteront aux cultures déjà en place, ce qui aura pour effet de non seulement accroitre la surface utilisable, mais d’en augmenter le rendement. Un kiosque s’ajoutera également afin de vendre les légumes à même la ferme.

L’autre terre, de quatre hectares, était jusqu’à récemment exploitée par Agri-Choux, dont les propriétaires ont pris leur retraite et cédé à La Roquette leur contrat de production de chou destiné à la transformation. Cette portion des activités de La Roquette se veut un choix stratégique. « Financièrement, ça nous permet d’injecter de l’argent rapidement. »

Léandre Chagnon mentionne aussi que la MRC d’Argenteuil possède un plan de développement de la zone agricole (PDZA). «Ça nous a donné confiance, parce qu’un territoire qui n’a pas de PDZA ne peut pas savoir ce qui s’y trouve.»

Outre le fait que les terres de la région sont très fertiles, la proximité de Montréal et le prix des maisons ont rendu Argenteuil très alléchante pour les membres de la coopérative, qui y résident tous depuis quelques mois déjà.

Une popularité plus que croissante

Les prévisions de la coopérative sont déjà satisfaites. Les légumes ne sont même pas encore sortis de terre que les 100 abonnements à des paniers sont tous vendus pour l’année. La recette : « On est bien entourés, admet Marie-Lyne, et on a vraiment bénéficié de toute la publicité que le gouvernement a faite pour l’achat local et biologique depuis le début de la pandémie. »

L’arrivée dans Argenteuil de jeunes entrepreneurs qu’à peu près rien ne destinait vers l’agriculture aura peut-être pour effet d’accroitre la visibilité de ce type d’agriculture à échelle humaine, comme l’expression le veut. Des fermes comme Belle-Roche, l’Équinoxe et la coopérative Les Champs qui chantent ont tracé les sillons d’une économie locale différente.

Des nouvelles, comme La Roquette et les Jardins Emi à Lachute, pourraient maintenant contribuer au rayonnement de la région, et au bien-être de ses habitants.