Hydro-Québec effectue des travaux en deux volets au barrage de la Chute Bell, afin d’accroitre la capacité d’évacuation d’eau en période de crues printanières.
Hydro-Québec effectue des travaux en deux volets au barrage de la Chute Bell, afin d’accroitre la capacité d’évacuation d’eau en période de crues printanières.

Des progrès importants à la Chute-Bell

André Farhat
EAP
Printemps 2019. La rivière Rouge gonfle et menace de faire céder le barrage de la centrale de la Chute-Bell, à Grenville-sur-la-Rouge. Heureusement, la catastrophe est évitée de peu et Hydro-Québec doit absolument agir. Près d’un an plus tard, à l’approche du printemps, comment est la situation?

«Tout ça a été fait dans des délais extrêmement serrés», a expliqué Francis Labbé, chargé d’affaires publiques et de relations médias chez Hydro-Québec (HQ), lors d’une visite destinée aux médias, vendredi de la semaine dernière. «Les travaux ont débuté en décembre et l’ensemble devrait être terminé d’ici avril», a-t-il précisé.

Les deux turbines de la centrale ont été dénudées de leurs pales, afin de laisser passer un débit d’eau accru

Lorsque le débit de la rivière Rouge a atteint les 1000 mètres cubes par seconde (m3/s) à la hauteur de la Chute-Bell, les gestionnaires du réseau d’Hydro-Québec ont su qu’une décision critique devait être prise sans attendre pour alléger le flot grandissant d’eau lors des crues futures. «Toutes les options étaient sur la table», a raconté Simon-Nicolas Roth, chef en expertise géotechnique, géologie et structures chez HQ.

Une solution hors du commun

La proposition retenue s’élève à 3,5 millions de dollars et se divise en deux volets.

«Ce qu’on a fait est assez rare, et peut-être même unique, a-t-il révélé. On a travaillé très fort, considère de multiples autres options, comme un canal qui contournerait la centrale, on a fait les études et tous les calculs et on a présenté le projet qui nous semblait le plus adéquat.»

La première opération touche la centrale même. Il faut d’abord comprendre que la centrale ne produit plus d’hydroélectricité depuis quelques années. «Nous sommes en surplus, et LG3 produit plus d’électricité en toussant que ce barrage», a blagué Francis Labbé, illustrant le fait que le réseau suffit à la demande sans l’apport de la centrale de la Chute-Bell. Les turbines de la centrale servent donc à laisser passer l’eau. Simplement dit, en enlevant les grandes pales des deux turbines, on accroit le débit d’eau qui passe ainsi à 90 m3/s.

Cela dit, Simon-Nicolas Roth a ajouté: «Cette opération est entièrement réversible, et il est possible de redémarrer la centrale sans problème.» Il s’agirait alors de réinstaller les pales sur les turbines. 

La seconde partie des travaux, effectuée simultanément, vise à solidifier et à élargir la crête déversante (la chute), de manière à accroitre le débit d’un autre 90 m3/s là aussi. Valérie Naud, responsable du chantier de construction chez  Hydro-Québec, a expliqué: «On a fixé des plots (de gros blocs de béton) supplémentaires dans la crête déversante pour s’assurer de la solidité, et on va retirer la membrane gonflable qui ne sert plus à rien.»

L’augmentation de la capacité d’évacuation combinée de 180 m3/s va permettre de garder l’eau à des niveaux sécuritaires, même lors de crues supérieures à celles de 2017 et 2019.

Prêts pour la crue

Les travaux de modification dans la centrale devraient être terminés en février et ceux qui touchent à la crête déversante, au plus tard en avril, à temps pour recevoir une possible crue des eaux. Comme l’a indiqué Francis Labbé : «Ici, il faut trois ingrédients en même temps pour avoir une grande crue: un couvert de neige épais, une fonte rapide et des précipitations abondantes. Pour le moment, il y a peu de neige et à moins que les choses ne changent, nous sommes en voie d’éviter une crue intense cette année. Toutefois, nous devons être prêts à tout», a conclu sagement M. Labbé.