Yvon Cousineau, résident de Hawkesbury, a été victime d’une des pires formes de la COVID-19. Il a été infecté vers le début de la pandémie, en mars 2020.
Yvon Cousineau, résident de Hawkesbury, a été victime d’une des pires formes de la COVID-19. Il a été infecté vers le début de la pandémie, en mars 2020.

LA COVID-19: une maladie concrète et sournoise

Patrick Hacikyan
EAP
Un voyage à Cuba avec sa conjointe… quel meilleur moyen de couronner la fin d’une longue carrière! Malheureusement, pour Yvon Cousineau de Hawkesbury, tout a viré au cauchemar après qu’il ait contracté la COVID-19. Témoignage d’un homme pour qui cette maladie n’a rien d’imaginaire.

La mer, le sable chaud… comme bien des gens pour qui l’hiver s’éternise à cette période de l’année, Yvon et sa femme Guylaine se rendent à Cuba au mois de mars pour se prélasser à l’ombre des palmiers. Mais la pandémie écourte leurs vacances. Ils doivent partir d’urgence. De retour, on leur demande de se mettre en quarantaine… par précaution, évidemment.

Mais quelques jours plus tard, l’homme commence à avoir des symptômes qui s’apparentent à ceux d’une grippe saisonnière. Au douzième jour de la quarantaine, par contre, la situation a pris un très mauvais tournant. Ce jour-là, M. Cousineau n’arrivait plus à bien respirer. Il s’est mis à faire de la fièvre et il ne pouvait plus manger quoique ce soit. Il avait mauvais teint. À l’incitation de sa conjointe, M. Cousineau se rend de ses propres moyens à l’Hôpital Général de Hawkesbury.

Une fois arrivé, il perd connaissance et ne se réveillera pas avant plusieurs semaines. C’est donc grâce à sa conjointe et aux praticiens de la santé que M. Cousineau connait la suite de son récit. Les médecins l’ont tout de suite transféré au département des soins intensifs. Sa situation se détériorant sérieusement, le patient a ensuite été transféré par ambulance aérienne à l’Hôpital d’Ottawa dans l’aile des soins intensifs.

Yvon Cousineau alors qu'il était aux soins intensifs.

Yvon Cousineau a été parmi les premiers patients atteints de la COVID-19 dans Prescott-Russell ainsi qu’à Ottawa. Le personnel de la santé qui s’en est occupé l’appelle aujourd’hui «le miracle», car l’épreuve surpassée est habituellement fatale. Ce dernier était pourtant en très bonne santé, mis à part un diabète léger.

«J’ai conduit à l’hôpital, mais je n’en ai aucun souvenir. Je ne me suis pas rendu compte de ce qui se passait parce que j’ai perdu connaissance. Je ne me rappelle même pas de la journée du 28 mars. Je me suis levé, et puis, plus rien», a expliqué M. Cousineau lors d’une récente rencontre chez lui, à Hawkesbury.

M. Cousineau a dû subir une intubation trachéale. Cette opération a donc exigé qu’on l’induise dans un coma. Normalement on ne doit jamais dépasser trois semaines dans cet état. M. Cousineau est resté intubé pendant plus de sept semaines. Il a subi plusieurs complications et doit sa vie aux soins des docteurs et infirmières. Il a dû subir plusieurs traitements de dialyse pendant cette période, car ses reins étaient à un point critique avancé.

«Je dois dire que j’ai vraiment bien été traité par le personnel des soins intensifs de l’Hôpital Général de Hawkesbury et celui de l’Hôpital d’Ottawa. Je n’ai absolument rien de mal à dire sur eux. J’ai reçu un excellent service par des équipes vraiment dévouées. »

Le résident de Hawkesbury n’a eu aucune connaissance de tout le drame qui a entouré la situation. Sa femme Guylaine, par contre, a passé par une vaste gamme d’émotions, ne sachant pas si son mari allait survivre. La situation a empiré jusqu’au point que les médecins ont dû lui demander de décider entre le débrancher ou continuer de le soigner.

«Je ne peux pas décrire comment je me sentais. Je me suis rendue à l’hôpital et je lui ai parlé. Je lui ai demandé: qu’est ce que je dois faire, Yvon?», raconte Mme Cousineau.

M. Cousineau a été plongé dans le coma pour plusieurs mois et ne se souvient pas ce qui s’est passé autour de lui. Ce dont il se souvient, par contre, ce sont certains rêves qu’il a faits, dont plusieurs cauchemars.

«J’ai fait des rêves atroces, quand j’étais dans le coma. Même maintenant, ça revient de temps en temps. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai vu la mort de proche », a-t-il expliqué.

Dans l’un d’eux, il était en train d’expliquer à quelqu’un qu’il ne pouvait pas mourir, car il avait des petits-enfants et devait s’en occuper. Dans ce rêve, on lui demandait de franchir l’une de deux portes. Yvon choisit la porte de droite, et a fini par reprendre connaissance.

Yvon Cousineau s’est finalement réveillé au mois de mai. Il avait subi une trachéotomie et avait de la difficulté à parler. Il devait prendre une respiration après chaque mot.

«Je communiquais par Facetime avec ma femme, mais je pouvais juste parler en symboles et une syllabe à la fois. On me bloquait le trou de ma trachéo à la gorge pour que je puisse parler. Je ne pouvais pas parler longtemps parce que ça prenait trop d’oxygène.»

Il était aussi complètement épuisé. «Je n’avais plus de forces. Je ne pouvais même plus lever mon bras», se souvient-il. Je ne pouvais pas boire d’eau, juste me mouiller les lèvres, et j’étais entièrement nourri par une solution qui passait par un tube dans le nez.»  

Yvon Cousineau a désormais besoin d’un respirateur. Il a passé et passe encore de longues heures à faire de la physiothérapie. Les médecins lui ont expliqué que ses poumons avaient été atteints et ont cicatrisé.

Un jour du mois de juin, Yvon a reçu la première visite de sa femme, un moment furtif, mais émouvant. Ensuite, Yvon a enfin pu revoir ses petits-enfants.

«Ce fut le plus beau jour de ma vie, a-t-il déclaré. C’est en regardant des photos de mes petits-enfants que j’ai obtenu les forces nécessaires pour combattre.»


« Je communiquais par Facetime avec ma femme, mais je pouvais juste parler en symboles et une syllabe à la fois. On me bloquait le trou de ma trachéo à la gorge pour que je puisse parler. Je ne pouvais pas parler longtemps parce que ça prenait trop d’oxygène »
Yvon Cousineau

Aujourd’hui M. Cousineau porte des séquelles permanentes de cette maladie. Il doit régulièrement faire de la physiothérapie et il a besoin de quatre litres d’oxygène pour respirer au repos et 15 litres lorsqu’il est en déplacement.

«Je ne suis pas le pire cas dans ce qui peut arriver avec cette maladie, ajoute-t-il. Beaucoup ont perdu des membres est plusieurs sont morts.»

Il cherche à avertir tout le monde que cette maladie n’est pas une maladie imaginaire. «Protégez-vous. Lavez vos mains et portez un masque», conclut-il