Annik-Corona Ouellette, fille d’agriculteurs de la Montée la Branche, parle avec passion des classiques de la littérature universelle.  Elle vient de faire paraitre son 7e ouvrage aux éditions Les Presses de l’Université d’Oxford.
Annik-Corona Ouellette, fille d’agriculteurs de la Montée la Branche, parle avec passion des classiques de la littérature universelle.  Elle vient de faire paraitre son 7e ouvrage aux éditions Les Presses de l’Université d’Oxford.

Que la littérature classique soit!

Mylène Deschamps
EAP
Alors qu’elle vient tout juste de recevoir son 7e ouvrage paru aux éditions Les Presses de l’Université d’Oxford, l’une des plus vieilles institutions d’Angleterre, Annik-Corona Ouellette demeure modeste et attachée à ses origines argenteuilloises, là où elle caresse l’idée de se plonger dans une écriture romanesque pour compléter ses envies d’écriture et terminer ses vieux jours.  

Classiques de la littérature universelle, dont la couverture sobre dévoile les fameux bateaux d’Ulysse, est le fruit d’une année sabbatique en 2019 et devient le premier manuel de littérature publié par la filiale canadienne en français.  Sorti en mai, il donne suite à six autres de ses manuels publiés chez Beauchemin (Chenelière), dont un essai sur les Liaisons dangereuses. 

On la qualifie de «workaholic», elle se définit plutôt passionnée.  Ses choix de textes et d’images, fait méticuleusement un à un pour un total de 184 pages vendues 28$ ne la rendra pas millionnaire, mais un brin fière. «C’est un fond culturel commun présentant des auteurs et des personnages qui étaient avant-gardistes», présente Mme Ouellette, qui précise que ce n’est pas un échantillonnage mondial, mais plutôt des amuse-gueules, donnant ainsi un gout en bouche pour faire naitre le désir d’en connaitre davantage sur les oeuvres intégrales marquantes de l’Amérique, de la Russie et du Moyen-Orient. De Homère à Ernest Hemingway, en passant par les frasques de Oscar Wilde, elle présente des parcelles du travail de chacun avec un souci du détail et de beauté. 

Enseignante au département de français du Cégep de Saint-Jérôme dès ses 26 ans, elle parle de la jeunesse québécoise pour qui elle veut transmettre ses passions avec ferveur et intelligence.  Son amour du métier est palpable et elle est reconnaissante de son lieu de travail où elle a trouvé l’amour, un prof de cinéma, pour qui elle a eu le coup de foudre, «non loin d’une table, près des sandwichs, comme un classique de littérature libertine».  

Bachelière en études françaises de l’Université de Montréal, Annik-Corona est un esprit libre qui prône le développement des talents de chacun.  L’enseignement passerait selon elle dans le ton, étant un spectacle en soit: «C’est tellement important d’être pédagogue.  Je ne suis pas exubérante, mais je veux captiver mon auditoire et les faire participer», insiste celle qui aime bien prendre part aux embauches de ses compairs de travail.  D’ailleurs, elle se souvient de la présence d’une certaine Michèle Bourgon lors de son entrevue il y a un peu moins de 20 ans.  Pour elle, être un bon prof, c’est donner l’envie, la soif d’apprendre et de se cultiver. «Les créateurs d’aujourd’hui se plaisent souvent à parodier et à user de références dites classiques.  Encore faut-il savoir les repérer pour que l’interprétation qu’on fait de leur oeuvre en soit judicieuse», avertit-elle d’entrée de jeu dans sa préface.  Elle propose avec ce manuel un regard sur la vie des auteurs, des extraits de texte agrémenté d’iconographies et de nombreuses notes et espère aider les enseignants francophones à transmettre cet amour de l’analyse d’oeuvres littéraires. 

«C’est un défi de rendre accessibles les classiques, mais ils nous donnent souvent les clés pour mieux vivre aujourd’hui, philosophe la femme native de Saint-Philippe (Brownsburg-Chatham).  Les œuvres de fiction et leurs personnages de papier en révèlent pourtant beaucoup sur notre propre condition humaine par les drames qu'ils affrontent et qu'ils surmontent.»  Chose certaine, c’est que Annick-Corona, Corona prénom de sa grand-mère, possède une mémoire de feu nourrissant son dialogue.  Elle peut vous entretenir sur sa généalogie jusqu’aux années 1500 (ce qui lui a permis de tenir à travers le temps perdu de la dernière pandémie), se remémorer ses souvenirs d’adolescence sur les bancs de Mgr Lacourse et de la polyvalente Lavigne en dictant les noms et faits étranges de ses enseignants ou vous présenter son père, homme de la vieille-garde, autodidacte, qui veillait aux grains sur les affaires municipales.  Celle qui aidait à vêler aux petits matins sur la ferme familiale de la montée La Branche, avant d’enseigner Rimbeault trois heures plus tard, n’a pas terminé de nous étonner. D’ailleurs, son conjoint, Alain Vézina, qui nourrit ce désir de créer comme elle avec plusieurs projets cinéphiles à son actif notamment certain tourné dans Argenteuil, pourra la soutenir dans tous ses projets en branle. 

Qu’elle soit invitée aux Francs-tireurs pour souligner le bicentenaire de l’oeuvre de Mary Shelly, Frankestein, ou qu’on parle d’elle dans Le Devoir, on est toujours face à la même Annik, celle qui a la littérature dans le coeur et une avidité de connaissances dans les veines. Annik-Corona Ouellette souhaite avec le départ de ses deux enfants se projeter elle aussi dans l’écriture romanesque.  «Produire une oeuvre de fiction, ça demande de la concentration, travaillée seule dans sa bulle.  Les enfants sont grands, je vais y arriver!»