Jean Poirier
Jean Poirier

Le projet de cimenterie à L’Orignal approuvé

Rédaction
EAP
Je suis atterré, mais pas surpris que le Tribunal d’appel de l’aménagement local de l’Ontario (le TAAL) ait approuvé la construction d’une méga cimenterie à L’Orignal.

Je suis atterré, mais pas surpris que le Tribunal d’appel de l’aménagement local de l’Ontario (le TAAL) ait approuvé la construction d’une méga cimenterie à L’Orignal. Et ce en dépit du fait que 95% des citoyens dans un rayon de 5 km autour de l’emplacement proposé se soient opposés à l’implantation de cette cimenterie. 

 Le Tribunal a conclu «que les conséquences préjudiciables ont été évitées en ce qui concerne l’eau, le bruit et la circulation.» Vraiment?  Colacem avait de bons vendeurs de rêves. 

 Pourquoi ne suis-je pas surpris de la décision du TAAL? Je partage en entier l’opinion du porte-parole d’Action Champlain, Michael Santella. Selon lui, «Il faut mettre en perspective la raison d’être du TAAL, qui est celle de favoriser l’implantation d’industries dans les milieux ruraux et aussi la Loi sur les ressources en agrégats qui prend le dessus sur les droits des individus et des communautés.» 

Selon Marc Bataille, le directeur technique de Colacem, «Le projet de cimenterie à L’Original utilisera la plus récente technologie disponible afin de devenir un chef de file de l’industrie.» Re-vraiment? 

On se souvient comment les promoteurs de McInnis Cement en Gaspésie avaient promis que la mise en œuvre de leur cimenterie dernier cri serait un  chef de file mondial du point de vue environnemental. À peu près les mêmes mots que ceux de M. Bataille. Des gouvernements péquistes et libéraux y ont englouti des sommes colossales, même s’il a été démontré qu’il y avait alors surcapacité de production de ciment au Québec. Peu de temps après l’ouverture, la cimenterie fut vendue à rabais à des intérêts brésiliens, une perte de plus de 450 millions de dollars pour les contribuables québécois. 

Et cette cimenterie a mérité le titre peu enviable de plus gros pollueurs au Québec, en dépit de ses promesses enrobées de sucre rose bonbon!  Ça s’annonce bien pour la future cimenterie de L’Orignal. 

Je regrette également que les élues des comtés unis de Prescott et Russell n’aient pas été solidaires à l’unanimité envers les citoyens des environs de L’Orignal, du conseil municipal de Champlain ainsi que du groupe Action Champlain qui se sont vivement opposés à ce projet. Ils ont raté une belle occasion de démontrer un appui essentiel. Mais ils n’ont pas à trop craindre des retombées de la pollution à venir. La plupart des élu.e.s ayant appuyé le projet de cimenterie à L’Orignal vivent bien à l’ouest et au sud-ouest du projet, en amont des vents prédominants du sud-ouest, loin du bruit et de la circulation générés.  

Personnellement, je suis sidéré que cette usine soit construite sur la terre ancestrale de ma famille Poirier. Trois générations de Poirier y ont vécu. Mon arrière-grand-père, Jean-Baptiste, son fils, mon grand-père, Zéphirin, ainsi que le fils de ce dernier, Philippe, ont cultivé cette terre où j’ai passé de beaux moments dans ma jeunesse. Mon feu père, Lionel, y est né en 1917, dans la maison ancestrale depuis démolie. 

Mon oncle Philippe dut vendre à regret la terre en 1970, devenue impraticable à cause de la pollution, la poussière qui étouffait les récoltes, le dynamitage qui brisait fenêtres et plâtres, la perte de l’eau souterraine qui assécha le puits, le tout causé par l’implantation de la carrière tout près. Cette même carrière est devenue un immense cratère et elle alimentera la nouvelle cimenterie en calcaire. 

Oui, des emplois seront créés, les comtés-unis récolteront de beaux impôts fonciers, mais à quel prix? Le dossier Environnement ne vaut pas cher en politique, je peux le confirmer, à titre d’ancien député. Pour trop d’élues, le progrès en environnement n’est bon que pour les beaux discours ronfleurs, un somnifère pour endormir les contribuables. Mais quand vient le temps d’agir, il y en a qui ont un talent fou pour le patinage artistique. 

Ça me laisse un drôle de goût dans la bouche, près de cinquante ans après l’obtention de mon diplôme universitaire en environnement. 

  

Jean Poirier 

Alfred, Ontario