Pierre-Luc Lavallée, capitaine à la timonerie du traversier Anik.
Pierre-Luc Lavallée, capitaine à la timonerie du traversier Anik.

Foule à la traversée de Pointe-Fortune et Carillon

Gérard Malo
EAP
Inondations en 2017 et 2019, pandémie Covid-19 depuis mars 2020, un défi n'attend pas l'autre pour le traversier de Carillon-Pointe-Fortune et pour les automobilistes qui veulent passer d'une rive à l'autre de la rivière des Outaouais.  

L'achalandage du traversier entre Carillon et Pointe-Fortune a augmenté à un niveau sans précédent depuis l'imposition du couvre-feu au Québec et depuis l'instauration à Pâques du confinement que le gouvernement ontarien a prolongé jusqu'au 2 juin.  

«Dès le début de la saison, les contrôles policiers à la frontière entre le Québec et l'Ontario incitent les automobilistes à prendre le traversier plutôt que de passer par l'Ontario pour se déplacer entre la Montérégie, Argenteuil, l'Outaouais et les Laurentides par exemple», affirme Pierre-Luc Lavallée, directeur de la compagnie du traversier Le Passeur. Les contrôles de la police provinciale de l'Ontario se trouvent là où l'autoroute 40 au Québec devient l'autoroute 417 en Ontario. Et c'est à cet endroit que les policiers de la PPO demandent aux automobilistes immatriculés au Québec de justifier leurs déplacements via l'Ontario. 

Comme l'indique l'agent Ken Gray du détachement de la PPO à Hawkesbury: « Les Québécois n'ont pas le droit de passer par l'Ontario pour se rendre à leur chalet dans une autre région du Québec. Ils peuvent emprunter les routes ontariennes uniquement s'ils se rendent à leur résidence principale». Cette règle s'applique de la même façon pour les Québécois qui veulent emprunter le Pont du Long-Sault entre Grenville et Hawkesbury pour passer par l'Ontario afin de se rendre dans une autre région du Québec. 

L'agent Ken Gray de la PPO ajoute qu'il en restera ainsi au minimum jusqu'à l'expiration du présent confinement ontarien le 2 juin.  

C'est ainsi que la clientèle du traversier entre Carillon et Pointe-Fortune a augmenté de 10 pour cent durant la semaine et de plus de 15 pour cent les weekends. «Par exemple le vendredi et le dimanche, ajoute monsieur Lavallée, les automobilistes doivent souvent attendre au moins une heure et parfois 2 ou 3 embarquements avant de pouvoir traverser. Et ce, même en l'absence des camions poids lourd que l'on n'accepte pas après 14 heures le vendredi, jusqu'au lundi matin.»  

Autres conséquences de la pandémie, les mesures sanitaires à bord interdisent aux automobilistes de sortir de leurs voitures durant les 10 minutes que dure la traversée. Le Anik, qui est normalement en service de 8 heures à 22 heures, continuera de fermer à 21 heures, jusqu'à la fin du couvre-feu.  

Cet évènement s’ajoute aux problématiques vécues par les dernières inondations. «Le moins que l'on puisse dire c'est que nous ne l'avons pas eu facile durant les inondations de 2017 et 2019, affirme Pierre-Luc Lavallée.» C'est son père Normand Lavallée qui en est le propriétaire depuis 1996. La crue des eaux printanière exceptionnellement haute a fortement perturbé les opérations du traversier. «En 2019 raconte Pierre-Luc Lavallée, nous avons dû retarder le service de navettes. Presque complètement submergées, nos installations portuaires des deux rives ont subi des dégâts importants qu'il a bien fallu réparer, voire reconstruire. Si bien que nous n'avons pas pu rétablir le service avant le début de juin.» Il précise que normalement, le Anik commence sa saison de navigation entre la mi-mars et la mi-avril, tout dépend de la quantité des glaces, pour cesser à la mi-décembre. 

Puis l'an dernier sont arrivés les premiers confinements obligés par la pandémie de la Covid-19. Résultat? L'importante clientèle récréotouristique du traversier a beaucoup diminué puisque les déplacements interrégions étaient fortement déconseillés par les autorités politiques et par la Santé publique.  

Ce n'est pas d'hier que l'on peut emprunter une navette entre Pointe-Fortune et Carillon. Tout a commencé en 1833 lorsque Jacob Schagel, hôtelier de Carillon a introduit un chaland muni de longues rames pour servir de traversier. Et l'histoire de cette navette aura connu de nombreux chapitres au fil du temps. En 1879, on a transformé le chaland à rames en navire à vapeur. En 1945, Edgar Lalonde et son beau-frère René Desormaux achètent la traverse, mais en 1948 ils doivent remplacer les navires pour des raisons de sécurité par «Le Passeur» qui pouvait faire la traversée en moins de dix minutes.  

En 1993, on remplace le Passeur par le Anik, un traversier qui reliait Thurso en Outaouais et Clarence dans l'Est ontarien. L'équipe du traversier l'a rénové et modernisé pour le rendre plus efficace et plus rapide. «Maintenant, on peut embarquer les autos en ligne droite sur le pont du navire ce qui réduit les manœuvres des automobilistes au minimum pour ainsi augmenter la capacité jusqu'à 120 véhicules à l'heure», insiste Pierre-Luc Lavallée.