Projet d'Hydro-Québec: nouvelles lignes de vie pour Argenteuil

André Farhat
EAP
Le projet d’un nouveau poste de transformation et de lignes électriques, évalué à 130 millions de dollars, prend de plus en plus forme. Alors que les études environnementales sont en cours, Hydro-Québec est venue à la rencontre des citoyens d’Argenteuil.

«On est venu informer les gens, mais aussi les écouter », a affirmé fièrement Sophie Lamoureux, conseillère aux Affaires régionales chez Hydro-Québec. Sophie Lamoureux, qui a grandi à Lachute, est venue avec une délégation d’experts et spécialistes de tous les domaines liés à ce projet essentiel à l’économie d’Argenteuil.

La zone d’étude montrant le tracé des deux nouvelles lignes raccordées à la ligne Chénier-Outaouais, et l’emplacement du nouveau poste de transformation, le poste Argenteuil.

Cette rencontre d’information avait pour but de montrer au public, de façon assez exhaustive d’ailleurs, l’avancée du projet, tout en écoutant les préoccupations des citoyens de la région. «Ce qu’on souhaite, c’est de soutenir le développement d’Argenteuil», a affirmé Mme Lamoureux, insistant toutefois sur le fait «qu’il est important que le projet soit acceptable socialement».

Et pour ce faire, Hydro-Québec, qui travaille en étroite collaboration avec divers intervenants de la région — municipalités et MRC en tête —, a arrêté son choix sur la construction d’un nouveau poste de transformation auquel seront reliées deux lignes biternes – de 315 et 120 kV. Ces deux lignes se raccorderont à la grande ligne Chénier-Outaouais à l’aide d’une structure de dérivation, et suivront le tracé de la ligne existante.

Soif de courant

«À l’arrivée d’Aurora, ça nous a fait allumer qu’on prenait 95% du réseau [électrique]», a affirmé Carl Péloquin, maire de Lachute. Il ajoute qu’en raison du manque de capacité électrique, «on a perdu beaucoup d’entreprises qui voulaient s’installer ici, et on va en perdre d’autres».

Le paysage économique est en plein bouleversement. Argenteuil est une région qui est très attirante pour plusieurs industries, à commencer par la culture industrielle-commerciale du cannabis, mais aussi l’hébergement de centre de données, «deux activités très gourmandes en énergie», a précisé Sophie Lamoureux, qui ajoute que «les centres de données ont besoin de points d’eau pour refroidir leurs équipements». Et de l’eau, il y en a ici.

Poste bien posté

La Ville, première consommatrice d’énergie d’Argenteuil, a travaillé de concert avec Hydro-Québec pour déterminer l’emplacement du nouveau poste, baptisé Poste Argenteuil. «On leur avait proposé 12 ou 13 sites, a expliqué Benoit Gravel, directeur général de Lachute. On considère que le choix du lieu est optimal.»

Le nouveau poste sera situé près de l’actuel et aura presque huit fois sa taille. Sa capacité sera également amplifiée. Si le poste sera d’abord doté de trois transformateurs, il pourra en accueillir quatre au total. « On va renforcer le réseau pour les 40 à 50 prochaines années », a fièrement affirmé Sophie Lamoureux.

 Il faudra toutefois raser des terres boisées avoisinantes qui représenteraient sinon un potentiel résidentiel intéressant. «On perd 150 unités résidentielles », a fait valoir M. Gravel.

Le maire, Carl Péloquin, a toutefois ajouté que c’était un mal pour un bien, « On n’a pas le choix si on veut se développer ».

Ça semble être une évidence pour tous ceux présents, à commencer par le maire de Saint-André-d’Argenteuil, Marc-Olivier Labelle. «Les gens ne le verront pas dans leur quotidien, mais ça va attirer des entreprises», a-t-il expliqué, parlant de l’effet d’entrainement que l’arrivée d’entreprises aurait sur l’attrait de nouvelles familles dans la région.


Les maires des deux villes touchées directement par les installations, Carl Péloquin de Lachute et Marc-Olivier Labelle, de Saint-André-d’Argenteuil, discutent avec le directeur général de Lachute, Benoit Gravel et Dany Brassard, directeur du développement économique à la MRC d’Argenteuil.

De nouvelles lignes, un même tracé

L’augmentation importante de la tension exige également la mise à niveau des installations, et qui dit plus grosses lignes dit plus gros pylônes. Du moins, dans ce cas. Sensible à l’impact tant social qu’environnemental de telles structures, Hydro-Québec a privilégié des pylônes à treillis d’acier à empattement minimal. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit ici de structures importantes qui n’ont rien à voir avec la ligne de transport actuelle en bois d’une hauteur d’environ 14,5 m. En comparaison, les deux lignes projetées de 120 et 315 kV auront une taille de 52 à 62 m respectivement.

Autre empreinte d’importance : l’emprise (la largeur du tracé, y compris le dégagement requis de chaque côté du passage des lignes) passera de 30 m à 52 m, là où il n’y a qu’une ligne, et à 85 m aux endroits où les deux lignes sont côte à côte. Mais Sophie Lamoureux se veut rassurante, « Il existe plusieurs façons d’aménager harmonieusement les terrains sous les pylônes. »

Compensation et opportunités

D’ailleurs, les municipalités touchées sont admissibles au Programme de mise en valeur intégrée (PMVI), qui « vise à compenser les impacts résiduels dans les milieux hôtes ». Ainsi,  Lachute et Saint-André-d'Argenteuil pourraient obtenir un peu plus de 1 million de dollars en tout pour réaliser des projets pertinents pour leur collectivité. Les propositions doivent toutefois répondre à certains critères et règles, notamment la pérennité, le respect du milieu et l’intérêt public.

Si tout va bien, les travaux débuteront en 2023, et la mise en service est prévue pour 2025. Les gens de Lachute et de Saint-André-d’Argenteuil ont donc encore largement le temps d’imaginer ce qu’ils feraient avec ces sommes.